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Bible et archéologie

Voici quelques fouilles, découvertes ou débats, avec, à chaque fois, une mise au point biblique. Pour le lecteur qui voudrait en savoir davantage, nous renvoyons à la revue Le Monde de la Bible (= MdB) qui publie régulièrement des articles accessibles au grand public.


Un sanctuaire syro-hittite au dieu de l’Orage (1100-900 av. J.-C.)
À Alep, en Syrie, sous la forteresse arabe médiévale, ont été retrouvés les restes d’un temple dédié au dieu hittite de l’Orage, Télépinou. De grandes dalles de basalte sculptées ornaient les murs. On y voit ce dieu accompagné d’autres divinités et d’animaux symboliques. L’empire hittite disparu vers 1200, sa culture et sa religion ont largement continué d’influencer la Syrie du nord. Plus tard les palais assyriens seront pareillement décorés de bas-reliefs muraux, comme ceux de Khorsabad, visibles au Louvre. Chez les prophètes (IXe - VIIIe s.), le dieu de l’orage, Baal, est le grand rival de YHWH (voir 1 R 18) ; comme il est responsable de la pluie, on lui attribue fertilité et fécondité des humains que des troupeaux. [MdB 160, p. 54]

Les amulettes de Ketef Hinnom
En 1979, lors des fouilles d’une grotte de la vallée de la Géhenne (Ketef-Hinnom), au sud-ouest de Jérusalem, ont été trouvées deux petites lamelles d’argent très abîmées, portant des inscriptions en hébreu ancien (d’avant l’exil). L’une des deux est très proche de la bénédiction sacerdotale de Nb 6,24-25 : «Que YHWH te bénisse et te garde. Que YHWH fasse pour toi rayonner sa face et t’acorde sa grâce !». La lamelle d’argent devait être enroulée autour d’un collier et portée comme une sorte d’amulette. Cette profession de foi israélite est donc le plus ancien fragment de texte biblique connu. Une récente étude américaine a pu, avec de nouveaux moyens techniques, confirmer que l’écriture date bien du VIIe s. Certains voudraient y voir une preuve que le Pentateuque était déjà rédigé avant l’exil, mais ce texte de bénédiction peut très bien avoir existé avant l’exil, avant d’être inséré dans le livre des Nombres après l’exil. [MdB 163, p. 49]

Les tombeaux de Zacharie et Siméon à Jérusalem
Les pèlerins de Jérusalem connaissent bien le tombeau dit «d’Absalom» dans la vallée du Cédron, en contrebas de l’esplanade du Temple. Il date du Ier s. av. J.-C. Récemment, le P. Émile Puech, de l’École Biblique de Jérusalem, a pu lire, sur sa façade, des inscriptions grecques peu visibles. Les voici : «Ceci est le tombeau de Zacharie, martyr, prêtre très pieux, père de Jean» ; «Le sépulcre de Siméon qui était un homme très juste et un vieillard très religieux et [qui] attendait la consolation du peuple». On reconnaît là le texte de Luc 2,25, mais dans une variante palestinienne attestée par le codex Sinaïticus (IVe s.) : «religieux» au lieu de «pieux». C’est la première fois qu’un texte des évangiles est retrouvé gravé sur un monument ancien. Ces inscriptions datent du IVe s., lorsque les chrétiens s’efforçaient de localiser les souvenirs évangéliques à l’intention des pèlerins. Zacharie, père de Jean Baptiste, était alors considéré comme martyr. En effet, on avait confondu sa mort avec celle du prêtre Zacharie (VIIIe s. av. J.-C. ; cf. 2 Chr 24,20-22) dont Jésus rappelle l’assassinat dans le Temple (Mt 23,35). Quant à Siméon, la tradition en avait fait le successeur de Zacharie ! Tous deux étaient vénérés ensemble dans une église toute proche, de l’an 352 jusqu’après les croisades. Cette église disparue, une tradition juive qui attribuait le tombeau à Absalom, le fils rebelle de David, a ressurgi et s’est imposée. [MdB 157, p. 55]

La grotte de Jean Baptiste à Ain Karim
Les pèlerins aiment aller vénérer à Ain Karim, à 7 kms à l’ouest de Jérusalem. En 1999, un archéologue israélien, Shimon Gibson, a étudié, à 2 kms de là, deux bassins anciens reliés à une citerne et une galerie souterraine où il a remarqué un dessin grossier, gravé sur la paroi : un homme vêtu d’une peau de bête et tenant un bâton. Gibson y reconnaît le modèle des images de Jean Baptiste dans l’art byzantin et date le dessin du IVe s. Il explique la grande citerne comme un bassin baptismal. Tout ceci est en débat. La tradition de Jean Baptiste à Ain Karim ne vient pas des évangiles, mais d’une tradition locale. On sait qu’au Ve s. une église y était dédiée à Sainte Élisabeth, la mère de Jean. Au Moyen âge, une église commémore la maison de Zacharie, et une autre (aujourd’hui latine), la Visitation. À l’époque byzantine, la crypte de cette dernière passait pour être le creux du rocher qui s’était ouvert miraculeusement afin de cacher Élisabeth et le petit Jean aux soldats d’Hérode, d’après le Protévangile de Jacques (IIe s.). [MdB 162, p. 49-50]

Le lieu du baptême de Jésus
Le Jubilé de l’an 2000 a permis, en Jordanie, de fouiller la rive est du Jourdain, là où la tradition fixait le baptême de Jésus. Actuellement ces lieux sont inaccessibles (le Jourdain sert de frontière avec Israël depuis 1948). Les archéologues jordaniens ont mis au jour deux installations byzantines : l’une sur le Jourdain et l’autre à 3 kms à l’est. Ont été dégagés les vestiges de trois églises successives, aux VIe et VIIe s. La dernière comportait un escalier menant à l’eau ; il permettait aux nouveaux baptisés de remonter dans le chœur de l’église pour participer à l’eucharistie. À l’embouchure du fleuve, un grand bassin semble avoir été un lieu de baptêmes collectifs. Il est inutile de se demander sur quelle rive fut baptisé Jésus. Le Quatrième évangile parle de «Béthanie au-delà du Jourdain, où Jean baptisait» (Jn 1,28), mais le Jourdain est peu profond. D’ailleurs sur la rive ouest (aujourd’hui dans les Territoires occupés), une autre installation monastique existait, très bien figurée sur la mosaïque de Madaba. Avant 1948, les Grecs orthodoxes venaient de Jérusalem fêter le baptême du Christ chaque 6 janvier ; le patriarche, dans une barque, célébrait des baptêmes en plongeant les petits enfants dans l’eau. [MdB 146, p. 52-53]

La tombe «royale» de Jésus
Tout le monde a vu, au moins en photo, l’entrée d’une tombe juive à pierre roulée comme celle que l’on attribue à Jésus ; on s’imagine que ces tombes étaient courantes. Or, en Judée, sur plus de 900 tombes du Ier s. av. à 70 ap. J.-C., on n’en connaît que 4 dites « à meule » qui se trouvent toutes à Jérusalem : celle du tombeau des Rois, celle de la famille d’Hérode et sa voisine, près de l’hôtel King David, et une autre dans la vallée du Cédron. Une thèse récente de J.-S. Caillou soutient que seule la tombe des Hérode est antérieure à la mort de Jésus et qu’il serait curieux que Joseph d’Arimathie ait aménagé pour lui-même une tombe princière. La diffusion de ces tombes « à meule » ne se fera que plus tard, notamment en Galilée. Si les évangélistes, Marc en particulier, parlent d’une pierre «très grande» que l’on doit «rouler», ce serait pour évoquer la tombe royale qui aurait convenu à Jésus Messie. De même, le jardin dont parle Jean serait lié non à une nécropole ordinaire, mais à une nécropole royale (cf. la tombe-jardin de Cyrus le Grand ou le mausolée d’Auguste). La pierre roulée ne serait donc pas un détail descriptif, mais une expression théologique soulignant la foi en Jésus Messie, vrai Roi des Juifs. [MdB 161, p. 46]

Vraies fausses antiquités
En octobre 2002, une trouvaille archéologique fit beaucoup parler d’elle : un ossuaire du Ier siècle portant l’inscription araméenne : «Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus». L’ennui est qu’on ignorait tout de la provenance de cet ossuaire, mystérieusement apparu. En juin 2003, une commission de spécialistes concluait qu’il s’agissait d’un faux. L’ossuaire était bien du Ier siècle, mais l’inscription et même sa patine étaient récentes. Dans le même temps, une tablette de pierre noire apparaissait tout aussi mystérieusement chez un collectionneur. Elle portait une inscription de dix lignes décrivant les réparations faites au temple de Jérusalem par le roi Joas (803-787 av. J.-C.). Or – coïncidence – ces réparations sont mentionnées en 2 R 12,5-17 : c’était trop beau ! Mais l’hébreu de l’inscription n’était pas vraiment celui du IXe siècle avant notre ère… Le pot aux roses a été découvert par la police israélienne, l’été 2003, au domicile d’un certain Oded Golan, spécialiste de la fabrication d’antiquités… très lucratives ! O. Golan et quatre autres personnes ont été inculpés en décembre 2004 pour « faux et usage de faux ». Parmi leurs autres « coups », un petit pommeau de sceptre en ivoire, soi-disant vestige du Temple de Salomon, que le Musée d’Israël (Jérusalem) avait acquis à prix fort. [MdB 149, p. 62-65 ; 152, p. 55 ; 154, p. 57]

[Extraits]
© Philippe Gruson Cahier Évangile n° 132 (juin 2005) p. 53-55.



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