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Textes bibliques Choix de textes dans le Nouveau Testament Lc 15 : la parabole du fils "prodigue"

Lecture au fil du texte de Lc 15
L’enfant prodigue : « il fallait festoyer… »
Comment faut-il appeler cette parabole ? Celle du fils prodigue ? Du fils perdu ? Du fils retrouvé ? Du père prodigue ? La diversité des titres révèle la diversité des lectures de ce texte célèbre. Relisons, une fois de plus, la parabole mais en prenant soin de ne pas l’isoler de son contexte.

  |  Après ses débuts en Galilée, Jésus monte vers Jérusalem. Il exerce un pouvoir d’attraction sur les gens de mauvaise vie au grand scandale des scribes et des pharisiens. Ces gens sont les tenants de ''l’orthodoxie'' et de ''l’orthopraxie'' : ils connaissent la Loi et la mettent en pratique. Ils contestent le comportement de Jésus. Quand celui-ci avait accepté l’hospitalité de Lévi le collecteur d’impôts (Lc 5,29-32), ils avaient déjà murmuré. Simon le pharisien avait également grommelé en lui-même quand Jésus avait laissé une pécheresse inonder ses pieds de larmes et de parfum (Lc 7,36-50). Mais Jésus avait parlé longuement aux pharisiens en l’invitant à regarder cette femme et à comprendre les gestes qu’elle fait. Dans notre texte, nous sommes dans la même configuration. Jésus accomplit un programme annoncé dans la synagogue de Nazareth : proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue. Mais les pires aveugles sont ceux qui refusent de voir clair. C’est à eux que Jésus raconte trois paraboles de miséricorde bâties sur le même modèle : quelqu’un perd une partie de ce qu’il possède, la retrouve et se réjouit en faisant la fête. En prélude de la parabole la plus développée, celle du père et des deux fils, deux histoires parallèles mettent en scène un homme et une femme – ce parallélisme entre les sexes est fréquent chez Luc – qui ont respectivement perdu et retrouvé une brebis et une pièce d’argent.
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  |  D’une parabole à l’autre, « l’objet perdu » gagne en importance. Bien que le berger soit aisé et la femme pauvre, le premier n’a perdu qu’un centième de son troupeau. La seconde a perdu un dixième de son argent. Le dernier par contre a perdu la moitié de ses fils. La perte est considérable, d’autant plus qu’il ne s’agit plus d’un animal ou d’un objet, mais d’un être humain et d’un être humain très proche. Mais, paradoxalement, plus l’importance de « l’objet perdu » augmente, moins son propriétaire fait d’efforts pour le chercher. Le berger parcours le désert, la ménagère fouille la maison, mais le père ne bouge pas, du moins dans un premier temps.
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  |  Dans les deux premières paraboles, le narrateur ne s’attarde pas sur les circonstances des retrouvailles. L’objet perdu a été retrouvé, cela suffit. Il n’en va pas de même dans la troisième parabole qui, après avoir décrit le départ du fils à l’étranger, s’arrête longuement sur les conséquences de sa vie de désordre avec l’image des porcs, destinée à faire frémir d’horreur un auditoire juif. Par un effet de focalisation interne, le narrateur nous livre les états d’âme du « perdu » qui envie la nourriture des ouvriers de son père et même celle des porcs qu’il garde. Sa conversion, dans le sens étymologique de faire demi-tour, est provoquée par la faim. Le jeune homme rentre pour être un ouvrier. Les retrouvailles se font dans un mouvement conjoint du fils et du père, l’un vers l’autre. Mais le fils n’est retrouvé comme fils que grâce à la pitié du père.
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  |  Les trois paraboles se terminent par la joie d’avoir retrouvé ce/celui qui était perdu. Il y a cependant de grandes différences. Les deux premières paraboles ne précisent pas la nature des réjouissances, mais disent qui est invité. Elles sont immédiatement suivies d’une explication qui montre la joie de la cour céleste devant la conversion d’un pécheur. La troisième parabole n’est pas commentée par le narrateur mais par le père. Les réjouissances sont précisées : il s’agit d’un repas de fête. Ce repas dépasse largement l’attente du fils cadet qui rêvait des restes de pain des ouvriers de son père.
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  |  Le repas final de la parabole rejoint la situation du paraboliste qui mange avec les pécheurs. Dans la fiction comme dans la réalité la même question est posée : Qui peut participer au repas ? « Mangeons et festoyons » lance le père de la parabole à la cantonade. Pour lui, tout le monde est invité. Mais le fils aîné refuse l’invitation. Il se met en colère et lance des accusations, sans preuve, contre son père et son frère, lui aussi sorti à sa rencontre (Ton fils que voici...). A-t-il raison de dire à son père qu’il ne lui a pas donné un chevreau ? Lui en a-t-il demandé un ? Pourquoi n’amène-t-il pas ses amis à la maison pour manger du chevreau ? Voudrait-il manger loin du père, avec des filles, comme son frère ? Pourquoi accuse-t-il son frère – qu’il appelle ‘ton fils’ – d’avoir mangé l’avoir du père avec des filles ? Comment le sait-il ? Il ne lui a pas parlé. Pour lui péché = femmes. Les lectrices de la parabole apprécieront. La parabole s’achève donc sur une question : le fils aîné entrera-t-il dans la salle de fête ? Le narrateur se garde bien de fournir la réponse. Celle-ci appartient aux auditeurs...et aux lecteurs.
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  |  Il fallait festoyer et se réjouir |

  |  Par ses paraboles, Jésus offre à ses auditeurs un parcours de conversion. Après avoir invité les pharisiens et scribes à s’assimiler à un bon berger : « Lequel d’entre vous... » et à partir à la recherche de celui qui s’égare, Jésus les amène à contempler la pitié du père (« les entrailles de bonté » selon une traduction littérale). et à accueillir celui qui revient. Cet accueil que Jésus enseigne et qu’il met en pratique correspond à la volonté de Dieu. C’est quelque chose d’impératif : « il fallait festoyer et se réjouir » dit Jésus. Le salut par l’accueil des pécheurs et le pardon des péchés procure la joie. Par contre, celui qui refuse d’entrer dans cette logique nouvelle se condamne à la tristesse. Il est réduit à porter un regard haineux – et jaloux peut-être – sur celui qui a osé manger loin du père avec des filles, à refuser de le considérer comme son frère et à murmurer contre celui qui l’accueille et lui signifie qu’il est pardonné.
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  |  « Le fils aîné, ô Seigneur, c’est moi » |

  |  L’évangile de Luc appelle le lecteur à faire la même démarche de conversion. Celui-ci devra faire l’effort de lire la séquence dans son intégralité et de ne pas se précipiter sur le personnage qui l’arrange. Un lecteur croyant, au cours d’une célébration liturgique, peut chanter « Le front baissé, l’enfant prodigue, ô Seigneur, c’est moi ». Mais ce n’est guère dérangeant. L’histoire se termine bien, par un repas de fête. S’assimiler au fils aîné est une autre affaire. La parabole devient dérangeante. Loin de s’achever sur un ''happy end'', elle laisse entendre la perte du fils aîné si celui-ci s’obstine dans son aveuglement. Elle devient une pressante invitation adressée au pratiquant afin qu’il remette en cause son comportement envers Dieu et envers les autres et plus particulièrement ceux qu’il considère comme perdus.
© Joseph STRICHER (inédit)
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