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- Textes bibliques - Choix de textes dans le Nouveau Testament - Jean 1 : le Verbe s'est fait chair
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Commentaire de Jn 1

Jn 1 : Jésus, Sagesse de Dieu

Dans le Credo, les chrétiens affirment de Jésus-Christ qu’il est "Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, " engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait." Or, dans la Bible, la "Sagesse" est elle aussi engendrée et elle existe avant la création du monde. Le Fils unique de Dieu serait-il la Sagesse en personne ?

Dans la Bible, la Sagesse est une personne, une compagne, une amie... D’où vient-elle ?

En Siracide 24, 3…14, la Sagesse fait son propre éloge :
"Moi, de la bouche du Très-Haut je suis sortie et comme une vapeur j’ai recouvert la terre." Parole, souffle ? Ayant pris racine dans le peuple d’Israël, ayant grandi comme un bel arbre, elle invite à s’approcher d’elle : "Venez à moi, vous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits"

En Proverbes 8, 22…31, la Sagesse affirme son antériorité par rapport à la création : "Le Seigneur m’a acquise en-tête de son chemin... alors qu’il n’y avait pas d’abîmes, j’ai été enfantée... et je suis près de lui, architecte... jouant devant lui en tout temps, jouant dans le monde de la terre, et mes réjouissances sont avec les fils d’Adam."

En Sagesse 9, 1-17, le roi Salomon demande avant tout la Sagesse : "Dieu des pères et Seigneur de miséricorde, qui as fait toutes choses par ta parole et par ta sagesse a formé l’homme... donne-moi la sagesse. Demande-la des cieux saints et du trône de ta gloire envoie-la, pour qu’avec moi elle peine et que je sache ce qui te plaît... Ton dessein qui l’a connu, si toi-même n’avais donné la sagesse et envoyé ton Esprit Saint d’en haut ?


Ces quelques textes tirés de Proverbes 8,22-31, Siracide 24, Sagesse 7-9, auxquels il faudrait ajouter Job 28 et Baruch 3,9-4,1, parlent de la Sagesse comme d’une personne. Qui donc est la Sagesse ? Rassemblons les principaux traits qu’ils mettent en évidence.



Qui donc est la Sagesse ?



Elle est une femme qui offre l’hospitalité et accueille dans sa demeure ceux qui la cherchent dans leur vie. Compagne agréable, sa conversation enchante et elle partage le secret des bonnes choses. Ouvrière infatigable, elle soutient le travail de l’artisan et de l’artiste. Elle illumine la vie, parce qu’elle est reflet de la lumière éternelle de Dieu. Elle est avant toute chose, elle a assisté Dieu dans la mise en place de la création qui, grâce à elle, est tout à la fois ordre et jeu. Connue de Dieu, parce que toute proche de lui, elle le fait connaître aux hommes : elle est un cadeau fait aux hommes qui la cherchent, et la trouver, c’est trouver un chemin vers Dieu. Entre le Seigneur et les fils d’Adam, son principal office est de faire médiation.



Le Verbe et la Sagesse



"Au commencement était le Verbe", dit Saint Jean. Faisons un exercice : relisons le Prologue à haute voix en remplaçant partout "Verbe" par "Sagesse", et en accordant en conséquence les pronoms personnels. Que constatons-nous ?

D’abord, que le texte tient. Échanger les deux réalités ne le fait pas s’écrouler, il reste cohérent et devient un texte pertinent sur la Sagesse. Qu’est-ce que cela veut dire ? Tout simplement que l’évangéliste se sert d'une structure théologique pour dire le mystère de celui dont il parle : la structure théologique de la Sagesse. La Sagesse est près de Dieu, tournée vers lui, de même celui dont le Prologue parle. La Sagesse illumine la vie des hommes, de même celui dont il est question est lumière pour les hommes. La Sagesse vient demeurer parmi les hommes, de même celui dont parle Jean. La Sagesse est un chemin pour connaître Dieu, de même celui dont il est question nous "dévoile" Dieu. Pour nous dire le mystère des relations du Verbe, l’évangéliste utilise la structure des relations entre la Sagesse et Dieu, entre la Sagesse et les hommes, entre les hommes et Dieu grâce à la Sagesse. En somme, le Verbe, comme la Sagesse, fait office de médiation entre Dieu et les hommes.



Comme... et pas comme !



Si le Verbe est "comme" la Sagesse, il est aussi "pas comme" : dans l’exercice proposé, nous avons buté en quelques endroits. Ainsi on ne peut pas dire : "la Sagesse était Dieu", ni "la Sagesse s’est faite chair". Si la Sagesse habite le corps du sage (lequel est une "tente d’argile" selon Sg 9,15), le Verbe, lui, s’est incarné : il assume non seulement le corps, mais aussi tout ce qui alourdit le corps, le rend faible et fragile, pour lui donner sa gloire véritable (Jn 1,14). La nouveauté absolue en Jésus-Christ, c’est que l’incarnation du Verbe - et non de la Sagesse - nous fait connaître le mouvement de d’abaissement de Dieu vers nous. Difficile enfin de parler de la Sagesse en termes de "fils unique, plein de grâce et de vérité". Ce qui fait la nouveauté absolue de Jésus-Christ, c'est la relation entre le Fils et le Père à qui le Fils obéit. Tout ceci n’appartient pas à la Sagesse.

De fait, l’évangéliste ne parle pas de la Sagesse, mais du Verbe. Jésus est sage, mais plus que sage, il est la Sagesse, et plus que la Sagesse, il est la Parole. Sa vie, ses signes, sa Pâque, incarnent la Parole de Dieu, active et créatrice dès le commencement du monde et définitivement salvatrice dans l’obéissance de la Croix.

Alors que les autres évangélistes nous font entrer dans le mystère de Jésus-Christ par le dépassement et l’accomplissement de l’attente messianique d’Israël, Jean a choisi, lui, le dépassement et l’accomplissement de la Sagesse que la théologie d’Israël personnifiait. Il nous donne ainsi une clé majeure pour le dialogue avec les sagesses des peuples et des religions. Ce que Jésus-Christ, Verbe de Dieu, vient illuminer et accomplir, ce sont autant nos luttes pour la justice que le goût de vivre et le poids de nos paroles et gestes quotidiens qui sont au cœur des sagesses humaines.

© Jean-Marie CARRIÈRE
Article paru dans
Les Dossiers de la Bible n° 80 (1998)








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