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Nos revues Les Dossiers de la Bible N° 99 (septembre 2003) Jésus selon St Luc

Des occupants qui deviennent des modèles...

Trois centurions de l'armée romaine occupent une place importante dans l'œuvre de Luc. C'est d'autant plus étonnant que, de par leur métier, ils symbolisaient une occupation que beaucoup n'admettaient pas.

À l'époque de Jésus, l'occupation romaine était perçue diversement. Certains, comme les sadducéens, s'en accommodaient assez facilement ; d'autres, comme les zélotes, attendaient le jour où ils pourraient chasser ceux qui, par leur seule présence, profanaient une terre qui appartient au seul Dieu d'Israël. On sait d'ailleurs, qu'en l'an 6 de notre ère, le recensement de Quirinius, donna lieu à un premier soulèvement. Car si l'on recensait la population, c'était pour qu'elle paye !

À cela s'ajoute le fait que les romains étaient des païens, donc des gens que l'on ne pouvait ni ne devait fréquenter, sous peine de se rendre impur (cf. Ac 10,28).



Trois centurions

Le centurion de Capharnaüm n'est pas le seul à être mentionné dans l'œuvre de Luc. Les Actes des Apôtres relatent, en effet, la conversion et l'entrée dans la communauté chrétienne d'un autre centurion romain : Corneille. Comme celui de l'évangile, il est pieux et charitable ; c'est aussi un homme de prière (Ac 10,2). A ces deux centurions, il faut en ajouter un autre : c'est celui qui se tient au pied de la croix. "Voyant ce qui s'était passé", il rendait gloire à Dieu, note Luc, en disant : "Sûrement, cet homme était juste" (Lc 23,47).

La présence de ces trois centurions, à des moments clefs de l'Évangile ou des Actes des Apôtres, est un fait significatif. Il suffit, pour s'en rendre compte, de noter que le centurion de Capharnaüm est le premier païen qui intervient dans l'évangile. Sûr de la force de la parole de Jésus, il manifeste une telle confiance en son pouvoir de guérison qu'il suscite l'admiration de Jésus : "Je vous le déclare, même en Israël, je n'ai pas trouvé une telle foi" (Lc 7,9).



Un même projet

Cette présentation positive de ces trois centurions ne peut se comprendre que si l'on se souvient que l'accueil des païens (non-Juifs) dans les communautés chrétiennes posa d'énormes problèmes. On se divisa en particulier sur le fait de savoir si on devait on non leur imposer la circoncision. Certains contestaient même le simple fait d'entrer en relation avec des païens ou d'accepter leur hospitalité. D'après Luc, c'est ce que l'Église de Jérusalem reprocha d'ailleurs à Pierre après sa rencontre avec le centurion Corneille : "Tu es entré chez des incirconcis notoires et tu as mangé avec eux !" (Ac 11,3).

À ceux qui auraient pu contester l'entrée des païens dans l'Église, Luc semble donc répondre en présentant trois centurions qui, chacun à sa manière, sont un modèle de foi et de sagesse. Préfigurant la conversion du centurion Corneille et l'événement majeur que constituera son entrée dans l'Église (Ac 10-11), la mention de la foi du centurion de Capharnaüm est alors le signe, non seulement que l'offre du salut apportée par Jésus avait touché le cœur des païens, mais que Jésus, le premier, leur avait ouvert la porte de l'Évangile.



Et une invitation

Enfin, on peut se demander si, à travers ces différents centurions, auxquels il faudrait ajouter le pro-consul de l'île de Chypre (Ac 13,4ss) – et même Pilate qui, par trois fois, reconnaîtra l'innocence de Jésus – Luc ne voulait pas rejoindre ceux que le christianisme naissant attirait : des romains, déçus par leurs diverses religions, ou des "craignants-Dieu", fascinés jusqu'alors par le judaïsme.

À l'adresse des uns et des autres, le message de Luc était clair : ils n'avaient rien à craindre des chrétiens. Preuve en est le fait que certains de leurs compatriotes, soit, avaient déjà adhéré au Christ, soit, s'étaient vus, comme à Capharnaüm, montrés en exemple par Jésus. On peut d'ailleurs se demander si, à travers ces centurions, ce ne sont pas les responsables de l'Empire romain que Luc visait. Pour les convaincre du bien-fondé du christianisme.

Pierre DEBERGÉ, Article extrait des Dossiers de la Bible n° 99 (2003), p. 15-16.









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