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Accueil | Plan | Nous contacter | Recherche | Textes bibliques Commentaire de Ap 12 : une femme mystérieuse Dans les visions de Jean à Patmos il est question d'une femme resplendissante qui enfante dans la douleur et qui est traquée par un dragon monstrueux (Ap 12). La liturgie catholique propose de lire ce texte lors de la fête du 15 août et beaucoup y voient une image de la Vierge Marie enfantant le Messie. Or cela ne va pas de soi. En effet la figure d'une femme sur le point d'enfanter se retrouve et dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. On la voit affligée ou joyeuse, toujours mystérieuse, tournée vers l'avenir. Elle symbolise le peuple de Dieu. Stérilité, fécondité Relisons quelques passages du livre du prophète Isaïe. L'absence de fécondité est douloureuse. C'est vrai de la femme qui a rêvé d'être mère, en vain. C'est vrai d'un peuple appelé à montrer le chemin de la vie aux autres nations et qui n'a pas mené à terme le projet divin. Un passage du livre d'Isaïe exprime cette souffrance : ''Nous avons été devant toi, Seigneur, comme une femme enceinte, près d'enfanter, qui se tord et crie dans les douleurs ; mais c'est comme si nous avions enfanté du vent, nous n'apportons pas le salut à la terre, ni au monde de nouveaux habitants '' (Is 26,17-18). À l'opposé de cette lamentation, le livre d'Isaïe offre plus loin un chant d'espoir, écrit à une période différente. Vers 540 avant J.-C., un signe se profile pour les fils d'Israël exilés à Babylone : le conquérant Cyrus va-t-il mettre fin à leur épreuve ? Le prophète appelé ''Second Isaïe'' fait alors entendre la voix du Seigneur. La joie promise y dépasse de beaucoup la libération politique : ''Pousse des acclamations, toi, stérile, qui n'enfantais plus ; explose en acclamations et vibre, toi qui ne mettais plus au monde, car les voici en foule, les fils de la désolée'' (Is 54,1). Troisième texte, toujours dans le livre d'Isaïe. Les exilés revenus au pays, Jérusalem, la ville sainte poétiquement appelée Sion (du nom de la colline où s'élève le Temple) se reconstruit. Le Seigneur veille et l'inouï arrive : en accouchant d'un seul garçon, c'est tout un peuple qui naît : ''Avant d'être en travail elle a enfanté, avant que lui viennent les douleurs, elle s'est libérée d'un garçon... Qui a jamais vu semblable chose ? Un pays est-il mis au monde en un seul jour, une nation est-elle enfantée en une seule fois pour qu'à peine en travail, Sion ait enfanté ses fils ?'' (Is 66,7-8). Israël, Sion et l'Église À lui seul, le livre d'Isaïe propose donc plusieurs fois l'image de la femme qui enfante dans les douleurs ou dans la joie (cf. les textes ci-dessus). Cette femme représente le peuple d'Israël, aussi bien dans l'échec de sa mission (Is 26) que dans la joie d'une transformation dont le Seigneur seul est l'auteur (Is 54 et 66). Le nom féminin de Sion donné au peuple s'harmonise bien avec le langage de l'Alliance dans lequel le Seigneur est un époux aimant, un époux qui donne une fécondité, une beauté inouïe. Au point qu'on pourrait s'écrier, avec le fiancé du Cantique des Cantiques : ''Qui donc est celle-ci qui surgit comme l'aurore, belle comme la lune, brillante comme le soleil ?'' (Ct 6,10). Dans l'Apocalypse, cet éclat est rehaussé par une couronne de douze étoiles. Ces douze étoiles pourraient être le symbole des douze tribus d'Israël qui, dans l'Exode, ont connu les dangers de mort, le désert, les épreuves mais aussi le salut et la protection divine. Or l'Église des commencements, pour laquelle écrit Jean de Patmos, a aussi une ''couronne'' de douze étoiles : les apôtres et elle a connu très vite une fécondité merveilleuse grâce à l'Esprit Saint. Et si sa descendance est menacée par les forces du mal, Dieu ne l'abandonne pas. En elle Dieu réside comme en Sion, il est sa force. D'une certaine manière, l'Église est ''Fille de Sion''. Hors des flots de la mort Il faut revenir au livre d'Isaïe. En Is 66, Dieu donne à Sion de mettre au monde un ''garçon'' et, en même temps ou presque, un nouveau peuple. Comment ne pas voir en ce garçon une figure du roi idéal, source de bonheur pour tous? Une fils qui prend le relais du ''signe'' donné en Is 7,14 : ''La jeune femme est enceinte et elle enfante un fils et elle lui donnera le nom d''Emmanuel'' ? Le livre d'Isaïe, du début jusqu'à la fin, évoquerait ainsi l'attente du Messie de Dieu. Sion a beau avoir connu l'échec et la détresse, Dieu lui accordera d'enfanter le ''merveilleux Conseiller'' qui ''délivrera chacun des flots de la mort'' selon la belle formule d'une hymne juive trouvée parmi les manuscrits de Qoumrân. Les chrétiens, on le sait, disent que cette attente qui parcourt les siècles a été comblée par Jésus de Nazareth. C'est parce qu'elle enfante le Sauveur du monde que la femme est si belle, si lumineuse. C'est parce qu'elle résume les débuts du peuple d'Israël et de l'Église qu'elle est éprouvée. En tout cas, puisque Dieu la protège, elle est un grand signe d'espoir, une aurore pour tous ceux qui attendent la venue du soleil de justice. La mère du Christ Ajoutons pour terminer qu'à partir du 5e siècle, certains ont voulu identifier cette femme avec Marie puisque l'enfant est le Christ. Mais une difficulté se présente : aucun évangile ne parle d'une naissance douloureuse de Jésus. À moins de considérer que la vision de Ap 12 n'évoque pas ici la Nativité mais la Passion et la Croix, véritable entrée dans la vie de Dieu. En effet, selon le Quatrième Évangile - et lui seul - Marie se tient près de la Croix au moment ultime. Jésus l'appelle ''Femme'' (Jn 19,26) comme à Cana où il évoquait déjà son ''heure'' de glorification dans la souffrance (Jn 2,4). Pour une partie de la tradition chrétienne, Marie représente donc plus qu'elle-même, elle est la figure symbolique du peuple de Dieu, la ''Fille de Sion'' par excellence, le fleuron d'Israël de qui est né le Messie crucifié. De plus, celui-ci lui confie le disciple bien-aimé et, à travers lui, tous les chrétiens (en Ap 12,17 la femme, mère du Messie, a d'autres enfants qui sont, eux aussi, persécutés). © Madeleine LE SAUX, Les Dossiers de la Bible n° 78 (1999), pages 22-23 Page suivante : Nos revues © 2006 S.B.E.V. et ISCAM-production Les textes, les cartes, dessins et images sont la propriété du Service Biblique catholique Evangile et Vie (S.B.E.V.), 8, rue Jean Bart - 75006 Paris, tél. 01 42 22 03 89. La reproduction est autorisée à des fins non commerciales et à la condition de citer l'auteur (le cas échéant), le propriétaire (Service Biblique catholique Evangile et Vie) et le site (bible-service.net). 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