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Note : Esprit saint, souffle et vent

Lors de la fête de la Pentecôte, les chrétiens célèbrent le don de l'Esprit Saint sur les apôtres. Celui-ci est décrit "comme un fort coup de vent". L'expression est une image très concrète, issue de l'Ancien Testament, pour dire l'indicible.

Les auteurs bibliques ont exprimé la présence de Dieu dans sa création à partir des mots et des réalités très simples qui s'enracinent dans l'expérience quotidienne la plus courante. Ainsi parlent-ils volontiers de Dieu en le comparant à des phénomènes naturels comme le souffle, le vent, l'eau ou le feu qui ont comme caractère commun de n'avoir pas de formes distinctes et d'échapper aux limites des réalités matérielles et visibles qui nous entourent. Ces images permettent de bien exprimer l'expérience de l'envahissement d'une présence et d'une expansion irrésistible. Elles permettent également de parier un peu du mystère de la présence de Dieu parmi les hommes.



Un espace vital
L'Ancien Testament a des mots différents pour parier du souffle. Celui qui est le plus fréquent est le mot "ruah". Un mot très difficile à traduire car riche de significations très diverses. Il évoque le vent et l'espace. Il désigne ce qui sépare Dieu de l'homme, et en même temps l'espace vital que Dieu possède et auquel l'homme participe tant qu'il vit. La "ruah" est un espace invisible, une atmosphère extérieure à l'homme qui, en évitant toute fusion avec Dieu, lui permet de vivre. La vie même exige donc cet espace et ce vide voulus et donnés par Dieu lui-même.



Une atmosphère étrange
Cet espace n'est pas ordinaire. Il est l'endroit où Dieu communique avec les hommes. À certains moment, les relations peuvent être sereines. Il n'y a pas un nuage dans le ciel. A d'autres moment les relations sont plus tendues, voire orageuses. Le vent, sous ses différentes formes, symbolise ces relations entre Dieu et les hommes. Le prophète Ézéchiel parle ainsi des "quatre ruah", c'est-à-dire du vent qui accourt des quatre points cardinaux. Cette "ruah" est l'instrument de Dieu qui, grâce à elle, transforme le monde et fait "des vents ses messagers" (Ps 104, 4).



Instrument entre les mains de Dieu
Cette "ruah" exprime les diverses relations de Dieu avec les hommes. Quand Ézéchiel évoque la colère du Seigneur contre les mauvais prophètes d'Israël il annonce une tempête destructrice :
"C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Dieu: Dans ma fureur le ferai éclater le vent des tempêtes, ma colère enverra une pluie torrentielle et ma fureur des grêlons destructeurs. J'abattrai le mur que vous avez enduit de crépi, je le précipiterai à terre et ses fondations seront mises à nu. il tombera et vous disparaîtrez là, au milieu. Alors vous connaîtrez que le suis le Seigneur" (Ez 13,13-14).

Dans l'épisode des dix plaies d'Égypte, Dieu se sert du vent d'est pour amener un fléau :
"Moïse étendit son bâton sur le pays d'Égypte et le Seigneur dirigea un vent d'est sur le pays, tout ce jour-là et toute la nuit. Vint le matin : le vent d'est avait apporté les sauterelles" (Ex 10,13).

Et il se sert du vent d'ouest pour le faire disparaître :
"Le Seigneur changea le vent en un très fort vent d'ouest qui emporta les sauterelles et les repoussa vers la mer des Joncs. Il ne resta pas une sauterelle sur tout le territoire de l'Égypte" (Ex 10, 19).



Instrument de salut
D'une façon plus spectaculaire encore le vent joue un rôle capital dans l'action libératrice de Dieu lors de la sortie d'Égypte, au bénéfice d'Israël :
"Moïse étendit la main sur la mer Le Seigneur refoula la mer toute la nuit par un vent d'est puissant et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent et les fils d'Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche" (Ex 14,21-22).

Et, bien évidemment, le même vent souffle au détriment de Pharaon et de son armée :
"Tu fis souffler ton vent, la mer les recouvrit, ils s'engouffrèrent comme du plomb dans les eaux formidables" (Ex 15,10)



Nul ne peut enfermer le vent
L'image du vent, du souffle, est également très suggestive à un autre point de vue. De même en effet qu'on ne peut enfermer ou retenir le vent, on ne peut enfermer ou retenir Dieu dans quelques limites que ce soit. On ne peut mettre la main sur cette "ruah", ce souffle de Dieu, dont on entend la voix et dont on reconnaît le passage seulement grâce à certains signes, parfois très explicites, parfois très ténus et discrets. C'est bien un souffle, un vent dont nul ne peut savoir "" ni d'où il vient, ni où il va " (Jn 3,8).

La "ruah" apparaît donc comme un souffle de puissance multiforme et imprévisible par lequel Dieu accomplit l'œuvre de sa création et intervient à sa manière dans l'histoire des hommes.



La force des chefs et des rois
Dieu communique son souffle pour donner sa force aux hommes. Ainsi en est-il des juges, ces chefs de guerre qui, avant l'institution de la royauté avec David, aident les tribus d'Israël à se protéger contre les envahisseurs. Soutenus par le souffle de Dieu, ils sont capables, malgré les difficultés, d'aller courageusement de l'avant comme le juge Othniel que la "ruah" de Dieu incite à partir à la guerre pour délivrer Israël :
"L'esprit du Seigneur fut sur lui, il devint juge d'Israël et se mit en campagne" (Jg 3,10).

Cette même "ruah" tombe sur Saül et le transforme :
"Alors fondra sur toi l'esprit du Seigneur tu entreras en transe avec eux et tu seras changé en un autre homme" (1 S 10.6).

Elle est donnée par Dieu aux rois. C'est le cas dans l'épisode fameux de l'onction du plus petit des fils de Jessé par le prophète Samuel :
"Le Seigneur dit: 'Lève-toi, donne-lui l'onction, c'est lui.' Samuel prit la corne d'huile et il lui donna l'onction au milieu de ses frères et l'esprit du Seigneur fondit sur David à partir de ce jour" (1 S 16,12-13).

Dans l'un des textes les plus fameux du livre d'Isaïe le prophète décrit le roi idéal investi de l'esprit :
"Un rameau sortira de la souche de Jessé, / un rejeton jaillira de ses racines. / Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : / esprit de sagesse et de discernement, / esprit de conseil et de vaillance, / esprit de connaissance et de crainte du Seigneur" ( Is 11,1-2).



Sur les prophètes
L'esprit est donné également aux prophètes. Ils sont revêtus, frottés, "oints" de l'esprit du Seigneur. "L'Esprit du Seigneur est sur moi, car le Seigneur m'a donné l'onction : il m'a envoyé proclamer la Bonne Nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux capte la libération, et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur " (Is 61,1-2).



Sur le peuple tout entier
Ézéchiel annonce que cette force divine sera donnée à tout le peuple qui recevra un esprit neuf :
"Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf, j'enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes" (Ez 36,26-27).

Le prophète Joël affirme la même chose. L'esprit est "répandu" sur les habitants de Jérusalem. Tout le monde sera concerné, les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes et même les esclaves. Ils deviendront un peuple de visionnaires, interprètes attitrés de la volonté de Dieu :
"Après cela, je répandrai mon esprit / sur toute chair / Vos fils et vos filles prophétiseront, / vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions. / Même sur les serviteurs et les servantes, / en ce temps-là, je répandrai mon esprit" (Joël 3,1-2).

Dans le discours qu'il met dans la bouche de Pierre le jour de la Pentecôte, Luc cite longuement cette prophétie de Joël car en ce jour, avec la venue de l'Esprit Saint, les Écritures s'accomplissent (Ac 2,16-21). Avec la mort et la résurrection de Jésus et le don de l'Esprit, les temps nouveaux sont arrivés. Le règne de Dieu est définitivement inauguré.

© Dominique MORIN.
Article extrait des
Dossiers de la Bible n° 71 (1998), p. 9-10

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