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La Croix glorieuse (Dimanche 14 septembre 2008)

La croix du Christ, signe d’abaissement et d ‘élévation. Sur elle, Jésus se révèle totalement l’un des nôtres, partageant notre condition mortelle et prenant la condition du serviteur. Sur elle, Dieu élève son son Fils et nous le présente comme gage du salut éternel.



Nombres 21,4-9



L’épisode se situe à la fin de la longue traversée du désert, avant l’entrée en terre promise. Dès le début de la marche, le peuple récrimine et traîne des pieds. Trois jours après la sortie d’Égypte, il murmure déjà contre Moïse en disant que l’eau est imbuvable. Il évoque avec nostalgie les chaudrons de viande du passé. Dieu répond au peuple en faisant pleuvoir le pain du ciel, la manne. Quarante ans après, dans l’épisode d’aujourd’hui, ce pain est traité de “ nourriture misérable ”. Le peuple est “ à bout de courage ”. Moïse, une fois de plus, est un intermédiaire efficace entre le peuple et Dieu. Il s’interpose et fait revenir Dieu de l’ardeur de sa colère.

Lu de manière fondamentaliste, ce récit choque la sensibilité chrétienne d’aujourd’hui. Il faut en saisir la visée première qui est de raconter les conséquences d’une révolte contre Dieu. Regardez ce qui s’est passé chez nos pères, la génération du désert, dit l’auteur. Ils ont été sévèrement punis. On ne se révolte pas impunément contre Dieu.

Le récit montre l’importance de Moïse, le législateur. Lui et son oeuvre sont l’intermédiaire entre Dieu et les hommes.

Il faut noter enfin les aspects particuliers de ce texte et plus spécialement les “ serpents à la morsure brûlante ” (= venimeux). Le geste qui sauve est un peu magique. On pense aux chouettes clouées autrefois sur les portes des granges dans nos campagnes. On pense également au caducée, le symbole des professions de santé, qui représente deux serpents fixés sur un bâton. Dans notre texte, ce qui sauve ce n’est pas le serpent fixé au sommet d’un mât, mais le regard levé sur lui. Les yeux se lèvent sur une représentation du mal, le serpent, Mais est le serpent est vaincu. Il ne peut plus ramper par terre et mordre la descendance de la femme au talon Gn 3,15). Lever les yeux vers le serpent mort, c’est lever les yeux vers Celui qui l’a vaincu, le Seigneur, le maître de la vie. Le livre de la Sagesse interprétait déjà le texte ainsi : “ Quiconque se retournait était sauvé, non par l’objet regardé, mais par toi, le Sauveur de tous. ” (Sa 16,7)



Psaume 77



Le psaume est une longue méditation sur l’histoire d’Israël, depuis la sortie d’Égypte jusqu’à la montée sur le trône de David. Cette histoire est racontée de génération en génération. Relatant les merveilles accomplies par Dieu, elle redit “ les titres de gloire du Seigneur ”. Relatant également les rebellions de la génération des pères, elle sert également de leçon pour toutes les générations. Cette histoire n’est pas à ranger dans le genre vie de saints. Elle n’idéalise pas les ancêtres et ne leur attribue pas des vertus extraordinaires. Elle montre au contraire leurs incessantes rébellions contre Dieu et leurs infidélités à l’alliance. Le Seigneur a fort à faire pour éduquer son peuple rebelle. Mais il est miséricordieux et il pardonne. Il tient compte de la fragilité des êtres humains. Ils ne sont pas des surhommes. “ Ils ne sont que chair, un souffle qui va sans retour ”.



Jean 3,13-17



L’évangile de ce jour est tiré de la rencontre entre Jésus et le pharisien Nicodème. Dans une longue tirade, Jésus lui livre les secrets de Dieu. Il peut le faire parce qu’il vient de Dieu. Nul autre que lui ne peut le faire. “Qui, étant monté aux cieux, en est redescendu ? ” s’interrogeaient les sages d’Israël (Proverbes 30,4). Personne évidemment, sauf Jésus. Avec une nuance cependant. Jésus n’est pas monté au ciel pour en redescendre. Il est descendu du ciel pour y remonter. Il a été envoyé par le Père et a été “ élevé ”. Dans notre passage, l’évangéliste joue sur l’ambiguïté de l’expression. Jésus a été élevé sur le bois de la croix et il a été élevé par Dieu. Pour Jean, la mort de Jésus n’est pas un sacrifice destiné à apaiser la colère de Dieu, comme l’affirmera une certaine théologie. Elle est au contraire la manifestation de l’amour de Dieu pour les hommes. Le Père nous donne son Fils unique pour nous sauver. Ce thème de l’amour de Dieu pour les hommes figure ici pour la première fois dans l’évangile de Jean. Il sera amplement développé par la suite.

“ De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert… ”

L’évangile de Jean a une approche très originale du mystère de la croix. Pour preuve, le texte choisi par l’Église en ce jour de la Croix glorieuse. On est très étonné de lire dans la déclaration de Jésus à Nicodème une phrase comme celle-ci : “ De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé ”. Comment peut-on comparer Jésus, même se tordant dans les douleurs du supplice, à un serpent ? Dans la Bible, le serpent est le symbole du mal. Dès les premières pages du livre de la Genèse, il fait les dégâts que l’on sait auprès de l’arbre du bonheur et du malheur. Lors de la traversée du désert, il attaque le peuple avec sa “ morsure brûlante ”. Sur le chemin de Paul à Rome, à Malte, il surgit sous forme de vipère pour bloquer l’avancée de la Parole de Dieu. Et dans l’Apocalypse il a grossi au point de devenir un dragon. Il cherche à dévorer l’enfant mis au monde par la Femme et il n’est vaincu qu’à la fin, au moment où la Jérusalem nouvelle descend d’auprès de Dieu. Comment peut-on comparer Jésus à une bête pareille ?

L’explication est ingénieuse. Reposant sur le mot “ élever ”, elle nous ouvre de belle perspective. St Jean reprend un épisode assez obscur de l’histoire d’Israël. Au cours de la traversée du désert, Dieu a permis que son peuple récalcitrant soit attaqué par des serpents venimeux. Pour le sauver, Moïse a élevé un serpent de bronze sur un mat et lui a demandé d’élever les yeux vers cette image. Le serpent ne sauvait pas par lui-même. Ceux qui levaient les yeux vers le serpent levaient les yeux vers le ciel sur lequel se détachait l’image du mal vaincu. Par delà le serpent, ils regardaient l’auteur du salut : le Seigneur. Nous comprenons maintenant la belle image utilisée par l’évangéliste. Jésus lui aussi est élevé sur le bois de la croix. Élevé par les hommes qui croient le punir. Élevé en réalité par Dieu. Sur la croix, le Père élève le Fils, il nous le montre, il nous le donne et il révèle son amour pour nous. “ Il a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique ”. Dans la cathédrale d’Auch, il y a une belle illustration de cette théologie johannique. Le Père, assis sur un trône, tient devant lui la croix de Jésus et nous la présente. Entre le Père et le Fils, la colombe symbolisant l’Esprit Saint. Ainsi donc la croix n’est plus le symbole de la cruauté des hommes et du mal triomphant. Ni le symbole de la cruauté de Dieu qui exige le sacrifice de son Fils. Elle révèle au contraire l’obéissance du Fils qui s’abaisse jusqu’à mourir sur une croix, comme l’écrit Paul, et l’amour du Père pour les hommes, lui qui nous donne son propre Fils pour que nous obtenions la vie éternelle.




On trouvera des pistes d'approfondissement à la deuxième lecture (Philippiens 2,6-11) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales n° 26 bis, pages 2-3. Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre.



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