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Nos revues Les Suppléments aux Cahiers Évangile Suppl. au n° 121, Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Psaume 22

Page à lire : une lecture juive
L’interprétation midrachique (auteur : Anne-Catherine Avril)
Les deux commentaires rabbiniques plus ou moins exhaustifs du Ps 22 sont le Midrach Tehillim (Midrach sur les Psaumes) ou Choher tov, et d'autre part le Yalqout Chimoni. Le premier réunit une compilation de midrachim sur les psaumes, dont la rédaction s'étirerait sur des siècles, à partir du IIIe. Il semble également que les portions originales de cet ensemble soient d'origine palestinienne. Le second est une anthologie de textes midrachiques faite au XIIIe siècle. De par sa liberté de lecture, l'interprétation midrachique ouvre toujours à la pluralité des exégèses. Il n'y a donc pas, sur un verset ou un texte, une unité de lecture, et le corpus qui compile les différents midrachim ne cherche pas à uniformiser la pluralité existante. Cela dit, le Midrach Tehillim développe une certaine harmonie interprétative : de manière récurrente, le Ps 22 est associé au livre d'Esther. Lu à la fête de « Pourim » (mot qui signifie « les sorts », cf. Est 9,24-26) ce rouleau raconte la persécution (menée par le vizir Haman) des juifs de Suse en Perse et leur délivrance par l'intervention d'Esther, juive, devenue épouse du roi des Perses Xerxès (Assuérus, selon la transcription latine du mot hébreu). Le livre ne se réfère à aucun événement historique précis mais l'histoire d'Esther est symbolique : bien que le Nom de Dieu n'y apparaisse pas (absence que l'ajout grec a comblée), le livre vient encourager les juifs menacés d'assimilation, à demeurer fidèles aux lois de leur pères car le Maître de l'histoire les délivrera et renversera les ''sorts'' à leur avantage. Esther, dont la fragilité est aussi sa force, représente le peuple d'Israël persécuté à cause de sa foi, dominé par des puissances hostiles, harcelé de tous côtés, criant vers le Seigneur son seul soutien en suivant l'exemple de ses pères. Sûr de la fidélité de son Dieu qui lui assurera une descendance, le peuple dont la vocation est la louange et la sanctification du Nom témoignera devant les nations de Celui dont la venue est aussi certaine que l'aurore.

  |  Midrach Tehillim sur Ps 22,12-19 Quand [Esther dit-elle Ps 22,12] ? Quand Xerxès décréta d'exterminer, de tuer, de perdre [tous les Juifs]. À ce moment-là Esther entra sans permission et se tient dans la cour de la maison du roi. Or le roi avait sept cours. Esther entra dans la première, la seconde et la troisième. Mais lorsqu'elle pénétra dans la quatrième, il commença à grincer des dents de rage et dit : Hélas pour ceux qui ont disparu et ne peuvent être oubliés. Combien j'ai désiré et voulu que la reine Vasti entre et elle n'a pas voulu. Et j'ai décrété sa mort. Or celle-ci entre comme une prostituée sans permission. Cependant du fait qu'Esther se tenait au milieu de la quatrième cour, les gardes ne purent la toucher car elle avait déjà passé outre leur autorité, tandis que ceux de la cour intérieure ne pouvaient rien contre elle car elle n'était pas encore entrée sous leur autorité. À ce moment elle s'écria : Ne t'éloigne pas de moi, proche est l'angoisse, pas de secours. De nombreux taureaux me cernent : c'est le peuple de Xerxès. […] Contre moi ils baillent leur gueule, lions rugissant et lacérant : De même qu'un lion se tient sur sa proie pour la déchiqueter, de même Xerxès se tient sur moi pour me déchiqueter. Comme l'eau je m'écoule et tous mes os se disloquent : Aucun de mes os ne s'attache l'un à l'autre. […] Ma force est sèche comme un tesson. Comme ce tesson qui n'a pas d'humidité. […] Tu me couches dans la poussière de la mort. A quoi peut-on me comparer ? A un foyer posé à un carrefour où les passants vont et viennent porter leurs pots. Des chiens nombreux me cernent : Ce sont les fils d'Haman. Une bande de vauriens m'entoure. C'est l'armée d'Haman. […] Ils se partagent mes habits. L’un dit : je vais prendre son vêtement de pourpre et son manteau. Un autre dit : je vais prendre son anneau et ses bracelets. Ils tirent au sort mon vêtement : il s'agit du manteau royal de pourpre que le commun des mortels ne porte pas. [...] (traduction Anne-Catherine Avril) |

  |  C’est là une véritable allégorie sur le livre d’Esther : derrière les mots du psaume, on lit une allusion à son histoire. Lorsqu’Esther entre dans le palais royal sans permission, les gardes, sûrs qu’elle ne sortira pas vivante, la dépouillent de ses vêtements et de ses bijoux, attributs royaux et signes extérieurs de sa féminité ? Le livre décrit un monde à l’envers où ce qui menace le peuple juif tourne en bien. C’est ainsi que, de repoussant, les mains et les pieds d’Esther deviennent attirants, et même Xerxès bénéficie de ce changement des sorts…
''Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Psaume 22'' Supplément au Cahier Evangile n° 121 Extraits des pages 49.57-59
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