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Textes bibliques Choix de textes dans le Nouveau Testament Lc 1 : Le cantique de Marie

Au fil du texte : Lc 1
Lc 1 : le cantique de Marie ou ''Magnificat''
Lc 1, 39-56 : une jeune fille va rendre visite à sa cousine aînée. Fait banal. Oui, mais toutes deux sont enceintes, et toutes deux de manière inouïe. Sous nos yeux, au fil du texte, l'extraordinaire de Dieu se dévoile dans l'expérience ordinaire des maternités.
Souvenons-nous. Lors de l'Annonciation, Marie a dit ''oui'' à une maternité inouïe : mettre au monde le Fils de Dieu lui-même. Mais loin d'attendre silencieusement, la voilà qui part ''en hâte''. Pourquoi ? Bien sûr un lien de famille unit les deux femmes mais le plus important, c'est la grossesse d'Elisabeth. La vie va naître et grandir chez la jeune fille vierge comme chez la vieille femme stérile. Rien n'est impossible à Dieu (Luc 1,37).

  |  Marie se rend chez Élisabeth parce qu'elle a cru à ce qui lui a été dit. Élisabeth en est à son sixième mois et Marie vient juste de concevoir. La rencontre, nous le pressentons déjà, va se terminer dans un chant de louange. Osera-t-on dire que la foi donne des ailes à la jeune fille ? Elle traverse le haut pays, la ville de Juda, la maison de Zacharie pour ne s'arrêter que devant la vieille femme, véritable terme du voyage. Le narrateur délaisse le cadre de l'action et resserre notre attention uniquement sur les deux mères.
Dès la conception, l'Esprit-Saint a rempli l'enfant d'Élisabeth et de Zacharie (Lc 1, 15). Il va susciter ici un étonnant échange de paroles. Marie prononce les premiers mots – salutation ordinaire ou bien reprise de la salutation de l'ange (Luc 1,28-29) ? Peu importe. Toujours est-il qu'en réponse l'enfant se met à bouger (à ''bondir'' dit le narrateur). Par ce mouvement, c'est comme si l'Esprit Saint passait du fils à la mère. Silencieuse jusque là – mais non pas muette comme son mari – elle crie enfin sa joie et sa foi : ses lèvres confessent ce que son enfant vient d'affirmer en bondissant, à savoir que le fils de Marie est le Christ Seigneur.
Elle crie aussi sa connaissance des choses cachées. En effet qui peut savoir que Marie va enfanter et, de plus, le Seigneur lui-même ? Dans le récit, deux personnes seulement : l'ange Gabriel et Marie. Mais il y a aussi nous, les lecteurs. Qu'Élisabeth le dise et le proclame par une bénédiction qui se prolonge en béatitude devrait nous toucher : notre foi est-elle en accord la sienne, si vive ? Notre connaissance de lecteur peut-elle s'épanouir en louange ? D'autant que la béatitude lancée par Élisabeth provoque chez Marie un cantique d'action de grâce.
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  |  Le cantique est l'aboutissement de l'échange des paroles suscitées par l'Esprit Saint. Il suspend provisoirement l'action pour éclairer la signification de l'événement. Il ne s'adresse pas directement à Dieu, mais, devant Élisabeth et devant nous, il exalte ses merveilles. En trois strophes : merveilles envers Marie d'abord, ''humble servante'' (v. 46-49), envers tous les humbles ensuite (v. 50-53), et enfin envers le ''serviteur'' Israël (v.54-55).
Curieusement, dans la première strophe, Marie ne semble pas évoquer Jésus. Et pourtant… Elle énumère trois titres divins : ''Seigneur'', ''Dieu mon Sauveur'', ''Puissant'', avant de conclure sur la sainteté du Nom. Or tout cela n'a-t-il pas déjà été attribué à Jésus (la sainteté, cf. Luc 1,35) ou ne le sera-t-il pas plus tard : ''Seigneur'' et ''Sauveur'' par les anges de Noël (Luc 2,11) et ''Puissant'' par les disciples d'Emmaüs (Luc 24,19) ? C'est pour nous une indication : dans la ''servante'' se réalise – et prend corps – l'alliance parfaite entre le plus humain (l'humilité) et le plus divin (la sainteté) pour le salut de tous !
L'humilité caractérise-t-elle la vérité de l'humain ? Les antithèses de la deuxième strophe l'indiquent qui relient la crainte religieuse (v. 50) et la dépendance économique (v. 53) à ceux et celles qui sont sans pouvoir et sans influence (v. 52). Paradoxalement, ils sont les plus grands aux yeux de Dieu car les plus à même d'accueillir sa bonté – sa ''miséricorde''. Or, dans l'histoire du monde, un peuple a été choisi parmi tous, justement parce qu'il était le plus petit : Israël, cœur de la troisième strophe (v. 54-54).
Israël est ''serviteur'' du Seigneur tout comme Marie est ''servante''. L'histoire du peuple dans ce qu'elle a de meilleur – l'écoute, la foi, la marche confiante (comme Abraham !), le dépouillement de soi-même devant le choix aimant de Dieu – Marie en est l'exacte figure. On le sait, les lecteurs passionnés de la Bible reconnaissent dans le Magnificat des motifs empruntés à bien des textes du Premier Testament, en particulier l'hymne entonné par la mère de Samuel, Anne, après la naissance inespérée de son fils (1 S 2,1-10). Comment pourrait-il en être autrement ? Par le choix que Dieu a fait d'elle, par sa réponse de foi, Marie récapitule les drames et les joies de toutes celles qui ont bénéficié de la miséricorde divine, permettant à la vraie vie de se répandre, depuis Sarah jusqu'à Élisabeth. Il est donc juste que les générations à venir – dont nous-mêmes – la déclarent bienheureuse !
© Gérard BILLON. Article extrait des Dossiers de la Bible n° 88 (2001), p. 10-11
> > > Pour en savoir plus sur le portrait de Jésus dessiné par Luc : Jésus selon St Luc
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