 |
|

Accueil | Plan | Nous contacter | Recherche | Textes bibliques
Textes bibliques Choix de textes dans le Premier Testament Gn 1 : la création en sept jours

Commentaire sur Gn 1-3
Gn 1 : le récit des sept jours Gn 2-3 : le récit du jardin
Un récit de commencement s'intéresse aux origines. Il raconte comment le monde, la terre, l'homme ou un peuple sont nés. Mais en racontant ''comment'', en fait il pose la question du ''pourquoi'' puisque personne n'a été témoin des origines !
Au début de la Bible, il y a deux récits de création du monde : on peut appeler le premier ''récit des sept jours'' (Gn 1,1 – 2,4a) et le deuxième ''récit du jardin'' (Gn 2,4b – 3,24).

  |  Un commencement, deux récits |

  | 
Pour se convaincre que ces deux récits ne se recoupent pas, il suffit de comparer ce qu'ils disent de la création de l'homme, des animaux et de la femme.
Dans le récit des sept jours, en Gn 1,26-28, l'être humain est ''homme et femme''. Il apparaît après les animaux, lesquels sont hiérarchisés suivant leurs lieux d'habitation : mer, air, terre. Dans le récit du jardin, en Gn 2,7.21-23, l'homme est créé le premier, puis les animaux semblent fabriqués un peu au petit bonheur (cherchez les poissons !) ; de tous les êtres vivants, la femme vient en dernier. Elle est la seule à ne pas être tirée de la terre mais de l'homme, ce qui lui donne une position unique.
A quelles grandes questions, ces deux récits de création tentent-ils de répondre ? Pour le dire en bref, le récit du jardin pourrait bien affronter la question de la liberté et celui des sept jours, celle de… l'absence de Dieu.
|

  |  Le récit du jardin ou Qu'est-ce que la liberté ? |

  | 
Le récit du jardin en Gn 2 brasse, à la manière des mythes du Proche-Orient Ancien, des dimensions fondamentales de l'existence humaine : vie et mort, bonheur, malheur, liberté, amour, harmonie et domination… Il affronte une énigme : l'homme, ce qu'il est, sa liberté et ses choix au quotidien. Au centre de cette énigme mise en intrigue : le serpent, animal qui invite à faire un (mauvais) choix puisque contrairement à ce qu'il dit, l'être humain ne se retrouve pas ''comme Dieu'' !
Le récit du jardin prend acte de cassures. Cassure entre l'homme et la terre – il est pénible de cultiver le sol, de gagner sa vie. Cassure entre l'homme et les animaux : un animal a pris le dessus sur son maître (le péché sera désormais «tapi comme un bête fauve», cf. Gn 4,7). Cassure entre l'homme et la femme – celui-ci domine sur celle-là, et celle-là enfante dans la douleur. Cassure enfin irrémédiable de la mort… Mais il y a un espoir car ces cassures – qui sont le lot de tout être humain – ne sont pas insurmontables. Le récit du jardin montre un avenir à ses auditeurs en retournant à l'origine : il dit que les cassures sont au début, mais ne sont pas le début.
Au début, il existe un accord primordial entre l'homme (adam) et le sol (adamah) ordonné à la vie et au plaisir (tant de fruits bons à manger !). Au début, Il existe une harmonie entre l'homme et la femme : la femme présentée par Dieu à l'homme provoque chez celui-ci un cri de joie ! Cet accord et cette harmonie survivent aujourd'hui sous les cassures. Ils se découvrent dans l'exercice d'une liberté. En Gn 3,19-20, après le jugement de Dieu, il y a souffrance, mais il y a aussi la vie : pour l'homme dans le travail, pour la femme dans l'enfantement.
L'énigme développée en Gn 2-3 ne porte pas sur le monde, mais sur l'homme et son rapport au monde. Le récit est ''anthropocentrique'', y compris quand il fait apparaître Dieu. Dieu, le «Seigneur Dieu» ( en hébreu : YaHWeH Elohim), n'est pas sur le devant de la scène. Le créateur s'efface devant ses créatures. Au point que le récit ne l'imagine pas autrement qu'avec des traits humains : il travaille à façon comme un potier, il se promène dans le «souffle du jour». Mais il est aussi le grand ordonnateur, celui qui cherche l'accord et l'harmonie, celui qui offre la liberté.
|

  |  Le récit des sept jours ou Pourquoi Dieu est-il absent ? |

  |  Le récit des sept jours va mettre Dieu au premier plan et le faire sortir de sa discrétion : Dieu est le sujet de presque 50 verbes d'action. Des deux récits, Gn 1 est d'emblée, exclusivement, ''théo-centrique''. Gn 1 affronte en effet une mystère autrement redoutable que celui de la liberté – qui n'est déjà pas mince – : la présence du Dieu Absent.
Si des croyants juifs ont estimé nécessaire de réécrire un récit de création et de le mettre avant celui du jardin, c'est parce que se faisait jour une nouvelle intelligence du rapport à Dieu. Sous une double influence. D'abord l'expérience historique de l'Alliance, provisoirement sous le signe de l'échec politique : avec l'exil de 587 av. J.C. Israël doit ré-envisager sa relation à Dieu et réajuster sa place «dans le concert des nations». Ensuite par la confrontation d'une culture, celle de Babylone puis des Perses, qui interroge justement ses représentations du monde et de Dieu.
Le récit des sept jours a pu s'inspirer de textes liturgiques à la gloire du dieu babylonien Mardouk, comme le récit de l'Enuma Elish (lu pendant les fêtes du Nouvel An) mais il a accusé la différence. Ni théogonies (naissance de divinités) ni théomachies (combats entre divinités). Au début, il n'y a que Dieu «Elohim», seul dans sa souveraine liberté. Il n'a pas encore son nom propre, son nom de relation particulière avec le peuple d'Israël : YaHWeH. Il est Dieu, tout uniment. Gn 1 s'intéresse peu à l'homme. Il sait que le récit du jardin va en faire son héros. Dieu, le Tout-Autre, suscite un Autre que lui-même à «son image et à sa ressemblance» (Gn 1,26) après avoir marqué les temps et les lieux (Gn 1,3-19). Sur l'altérité, il est à remarquer qu'une étymologie possible du verbe hébreu «bara /créer, faire de l'inédit, de l'inouï» donne «mettre à l'extérieur». Comme Dieu est toujours le sujet du verbe «créer», cela soulignerait la discontinuité entre le créateur et ses créatures, en particulier l'être humain à propos duquel le verbe «créer» est répété trois fois en Gn 1,27.
Le dernier acte de Dieu, au septième jour, est une sanctification et un repos. Repos ? L'autre de Dieu, l'homme, qui duplique chaque semaine ce repos, prend conscience ainsi de la distance entre Dieu et lui. Seul Dieu a terminé une fois pour toutes son activité. L'inachèvement du travail humain, lui, de repos en recommencement, s'achemine vers la limite ultime et naturelle, la mort… Et si Dieu est absent de la scène du monde, il reste pour le montrer, moins sans doute la nature (qui se raconte très bien elle-même comme œuvre de Dieu, cf. le Ps.19) que le respect du sabbat d'une part, le peuple particulier qui l'observe de l'autre et enfin le Livre écrit par ce peuple.
|

  | 
En conclusion, si les deux récits formulent bien des réponses aux questions fondamentales de la liberté humaine et de l'Absence de Dieu, si nous percevons mieux le lien originaire qui unit le créateur et sa créature, reste une question lancinante : pourquoi Dieu «crée»-t-il ? Seul Gn 1 emploie ce terme, sept fois, diamant aux éclats d'éternelle nouveauté (Gn 1,1.21.27[3 fois] et 2,3.4). Pourquoi Dieu «crée»-t-il ? A cette question pas d'autre réponse que le récit lui-même dans sa poétique, son rythme, ses images et sa beauté. Le récit comme événement, comme consentement au monde qu'explorent ailleurs la science et la foi. Le récit comme ouverture à un destin.
© Gérard Billon (inédit)
À lire : ''Les commencements dans la Bible'' Les Dossiers de la Bible n° 4 (1984) ''Dieu créateur'' Les Dossiers de la Bible n° 33 (1990) ''Le paradis terrestre'' Les Dossiers de la Bible n° 76 (1999) ''Genèse : 1-11 : Homme qui es-tu ?'', Cahiers Évangile n°4 (1973)
|
Page suivante : Questions pour lire Gn 1
© 2006 S.B.E.V. et ISCAM-production Les textes, les cartes, dessins et images sont la propriété du Service Biblique catholique Evangile et Vie (S.B.E.V.), 8, rue Jean Bart - 75006 Paris, tél. 01 42 22 03 89. La reproduction est autorisée à des fins non commerciales et à la condition de citer l'auteur (le cas échéant), le propriétaire (Service Biblique catholique Evangile et Vie) et le site (bible-service.net).
Nous contacter
Site réalisé avec la plate-forme de publication web ICT/ISCAM-PRODUCTION 
Identifiez-vous
|
|
Sessions bibliques Pèlerinage Cahier Evangile Lire l'Ancien Testament L'Evangile de l'année 2007-2008 Étudier la Bible
|
|
|
 |