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Matthieu
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Passion
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Stricher Joseph
La Passion selon Saint Matthieu
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Méditation pas à pas du beau récit de Matthieu
 

Nous ne ferons pas ici de commentaire historique. Il s'agit juste d'une méditation pas à pas du beau récit de Matthieu 26,14 à 27,66. Les événements de la Passion sont présentés en 14 épisodes qui peuvent être lus comme autant de stations du chemin de croix.

L’un des Douze. La fête de Pâque approche. Chacun la prépare à sa façon. Alors qu’à Béthanie, une femme verse un parfum de grand prix sur la tête de Jésus, Judas, lui, trahit pour 30 deniers. D’après le prophète Zacharie, 30 deniers sont le prix d’un esclave. Jésus fait préparer la Pâque par ses disciples. Quel passage (Pâque = passage) veut-il célébrer ?

Le soir venu. Jésus sait qu’un de ses disciples va le trahir. Il se désigne lui-même du titre de Fils de l’homme. Allusion au mystérieux personnage du livre de Daniel que Dieu envoie sur les nuées du ciel pour établir son Royaume sur terre. Pour les disciples, il est le « Seigneur ». Pour Judas, il n’est qu’un « maître ». Le repas pascal, au cours duquel on chante des psaumes et on fait circuler des coupes de vin, devient le repas du renouvellement de l’Alliance entre Dieu et la multitude.

Alors Jésus leur dit... Citant le prophète Zacharie qui parlait de la mort d’un berger et de la dispersion du troupeau, Jésus manifeste une foi de plus sa lucidité. Il ne se fait pas d’illusion sur le comportement de ses disciples. Ceux-ci, par contre, se font beaucoup d’illusions sur eux-mêmes. Ils ne sont pas capables de veiller une heure avec Jésus. Jésus par contre, bien qu’il ne souhaite pas la mort, dit au Père « Que ta volonté soit faite » ! Il reprend ainsi une phrase du Notre Père.

Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva. Judas guide une grande foule, manipulée par l’aristocratie religieuse et laïque du Temple. Jésus est maître des événements. Il dit à Judas de faire sa besogne. Il calme un de ses disciples et refuse le recours aux armes. Il s’adresse à la foule pour commenter les événements. Ce qui se passe entre dans le mystérieux projet de Dieu, annoncé par les prophètes. Tous les disciples s’enfuient. Jésus est bien seul.

Ceux qui avaient arrêté Jésus l’emmenèrent devant Caïphe. Le procès semble bâclé et donne lieu à des débordements inadmissibles. Jésus ne répond pas directement à la question du grand prêtre, mais se réfère au Fils de l’homme, personnage céleste annoncé par le prophète Daniel ( Dn 7,13), ainsi qu’au Fils de David assis à la droite de Dieu, célébré par le psalmiste (Ps 109,1). Pour l’évangéliste, le vrai juge est celui de la fin des temps, « quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire » (Mt 25,31-46)

Quant à Pierre, il était assis dehors. Pierre n’a pas fui comme les autres. Il reste disciple de Jésus, mais en le suivant de loin. Deux servantes, puis un groupe de personnes présent dans la cour du grand prêtre l’amènent à se retirer vers le portail puis à sortir de la cour. Avant le chant du coq, et conformément à ce que Jésus avait annoncé, il a renié son maître trois fois. En s’éloignant de Jésus, il se souvient pourtant de ses paroles et des larmes commencent à couler.

Le matin venu, tous les chefs des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil. L’évangéliste ne s’arrête pas au procès proprement dit. Ceux qui ont fait arrêter Jésus tiennent conseil en vue de sa mort. Jésus ligoté ressemble à Isaac sur le bois du sacrifice. Mais Dieu veut-il vraiment de ce sacrifice ? Ceux qui en décident sont les responsables du peuple.

Alors Judas, le traître, fut pris de remord. Tous les apôtres ont failli. Judas a trahi Jésus. Pierre l’a renié. Les autres sont en fuite. Pierre et Judas reconnaissent leur faute, Pierre en pleurant, Judas en proclamant l’innocence de Jésus. Quel dommage que Judas n’ait pas fait confiance en la miséricorde de Dieu ! Avec le prix du sang, les chefs du peuple juif achètent un champ pour enterrer les étrangers. Le sang de Jésus est versé au profit de tous.

On fit comparaître Jésus devant Pilate. Après une brève réponse à Pilate, Jésus se tait. « Il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (Chant du Serviteur souffrant, Isaïe 53,7) Avertie en songe, comme Joseph au début de l’évangile, la femme de Pilate dit la vérité : Jésus est un juste. Manipulé par ses chefs, le peuple commet une injustice en demandant la mort de Jésus. Pilate s’en lave les mains.

Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans le prétoire. Comme à la fin de sa comparution devant le grand prêtre, Jésus est outragé. Il y a une ironie cruelle dans le récit. Les soldats qui croient se moquer de Jésus, disent en fait la vérité. Jésus est bel et bien le roi des Juifs. Sans se rendre compte de la portée de leurs gestes, ils font ce qu’il convient de faire devant le Seigneur : ils se mettent à genou.

Arrivés à l’endroit appelé Golgotha. Le récit ne comporte aucune complaisance morbide dans la description des souffrances de Jésus. Il pointe l’attitude contrastée de Simon de Cyrène, qui porte la croix et celle des passants, des responsables du peuple et des bandits, qui injurient Jésus. Portant la croix, Simon devient le modèle du disciple. Injuriant Jésus et se moquant de lui, les autres sont le modèle des anti-disciples. Ils font écho à la voix du démon. Lors des tentations, après avoir transporté Jésus au sommet du Temple, il lui disait : « Si tu le Fils de Dieu, jette-toi en bas »

A partir de midi l’obscurité se fit sur toute la terre. Le récit de la mort de Jésus est saisissant. Il prend une dimension cosmique avec un retour au tohu-bohu primordial. La lumière est engloutie par les ténèbres. Deux cris de Jésus percent la nuit. Le premier s’adresse à Dieu. Jésus entonne le psaume 21, cri de détresse mais également de confiance en Dieu. Dans le deuxième cri, Jésus rend son souffle à Dieu.

Utilisant des images apocalyptiques (tremblement de terre, ouverture des tombeaux, résurrections des saints), l’auteur laisse entendre que c’est le moment de l’intervention décisive de Dieu. Celui-ci livre son vrai visage. Un voile se déchire devant nos yeux. Des païens proclament leur foi : Jésus est le Fils de Dieu.

Abandonnant le style apocalyptique, l’auteur revient à la croix de Jésus et à son environnement. Nous découvrons maintenant que tous les disciples n’ont pas fui. Un groupe de femmes, disciples de la première heure, est présent à quelque distance. Témoins de la mort de Jésus, ces femmes seront également les témoins de sa résurrection.

Le soir venu, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie. Un Joseph s’est occupé de Jésus au début de sa vie, un autre Joseph s’occupe de lui après sa mort. Les femmes continuent à jouer leur rôle de témoin. Elles montent la garde auprès du tombeau.

Quand la journée des préparatifs de la fête fut achevée. Les chefs des prêtres et les pharisiens surveillent également le tombeau de Jésus. Personne ne peut voler son corps. Maintenant que les préparatifs du sabbat sont terminés, le silence s’installe. Tout est prêt pour la surprise du matin de Pâques.


© SBEV. Joseph STRICHER 

voir aussi : Le scandale de la croix

Pour lire, au long de l'année liturgique A, l'évangile selon St Matthieu, consulter le Cahier Evangile n° 129

 
Mt 26,14-27,66
14Il ne lui répondit sur aucun point, de sorte que le gouverneur était fort étonné.
15A chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher à la foule un prisonnier, celui qu'elle voulait.
16On avait alors un prisonnier fameux, qui s'appelait Jésus Barabbas.
17Pilate demanda donc à la foule rassemblée : « Qui voulez-vous que je vous relâche, Jésus Barabbas ou Jésus qu'on appelle Messie  ? »
18Car il savait qu'ils l'avaient livré par jalousie.
19Pendant qu'il siégeait sur l'estrade, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l'affaire de ce juste ! Car aujourd'hui j'ai été tourmentée en rêve à cause de lui. »
20Les grands prêtres et les anciens persuadèrent les foules de demander Barabbas et de faire périr Jésus.
21Reprenant la parole, le gouverneur leur demanda : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas. »
22Pilate leur demande : « Que ferai-je donc de Jésus, qu'on appelle Messie ? » Ils répondirent tous : « Qu'il soit crucifié  ! »
23Il reprit : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Mais eux criaient de plus en plus fort : « Qu'il soit crucifié ! »
24Voyant que cela ne servait à rien, mais que la situation tournait à la révolte, Pilate prit de l'eau et se lava les mains en présence de la foule, en disant : « Je suis innocent de ce sang. C'est votre affaire  ! »
25Tout le peuple répondit : « Nous prenons son sang sur nous et sur nos enfants  ! »
26Alors il leur relâcha Barabbas. Quant à Jésus, après l'avoir fait flageller, il le livra pour qu'il soit crucifié.
27Alors les soldats du gouverneur, emmenant Jésus dans le prétoire, rassemblèrent autour de lui toute la cohorte.
28Ils le dévêtirent et lui mirent un manteau écarlate  ;
29avec des épines, ils tressèrent une couronne qu'ils lui mirent sur la tête, ainsi qu'un roseau dans la main droite ; s'agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : « Salut, roi des Juifs  ! »
30Ils crachèrent sur lui, et, prenant le roseau, ils le frappaient à la tête.
31Après s'être moqués de lui ils lui enlevèrent le manteau et lui remirent ses vêtements. Puis ils l'emmenèrent pour le crucifier.
32Comme ils sortaient, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon ; ils le requirent pour porter la croix de Jésus.
33Arrivés au lieu-dit Golgotha, ce qui veut dire lieu du Crâne,
34ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel. L'ayant goûté, il ne voulut pas boire.
35Quand ils l'eurent crucifié, ils partagèrent ses vêtements en tirant au sort.
36Et ils étaient là, assis, à le garder.
37Au-dessus de sa tête, ils avaient placé le motif de sa condamnation, ainsi libellé : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
38Deux bandits sont alors crucifiés avec lui, l'un à droite, l'autre à gauche.
39Les passants l'insultaient, hochant la tête
40et disant : « Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix ! »
41De même, avec les scribes et les anciens, les grands prêtres se moquaient  :
42« Il en a sauvé d'autres et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est Roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui !
43Il a mis en Dieu sa confiance, que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime, car il a dit : "Je suis Fils de Dieu  !" »
44Même les bandits crucifiés avec lui l'injuriaient de la même manière.
45A partir de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures.
46Vers trois heures, Jésus s'écria d'une voix forte : «  Eli, Eli, lema sabaqthani  », c'est-à-dire «  Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné  ?  »
47Certains de ceux qui étaient là disaient, en l'entendant : « Le voilà qui appelle Elie !  »
48Aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il imbiba de vinaigre  ; et, la fixant au bout d'un roseau, il lui présenta à boire.
49Les autres dirent : « Attends ! Voyons si Elie va venir le sauver. »
50Mais Jésus, criant de nouveau d'une voix forte, rendit l'esprit.
51Et voici que le voile du sanctuaire se déchira en deux du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent  ;
52les tombeaux s'ouvrirent, les corps de nombreux saints défunts ressuscitèrent :
53sortis des tombeaux, après sa résurrection, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à un grand nombre de gens.
54A la vue du tremblement de terre et de ce qui arrivait, le centurion et ceux qui avec lui gardaient Jésus furent saisis d'une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu. »
55Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance ; elles avaient suivi Jésus depuis les jours de Galilée en le servant ;
56parmi elles se trouvaient Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
57Le soir venu, arriva un homme riche d'Arimathée, nommé Joseph, qui lui aussi était devenu disciple de Jésus.
58Cet homme alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de le lui remettre.
59Prenant le corps, Joseph l'enveloppa dans une pièce de lin pur
60et le déposa dans le tombeau tout neuf qu'il s'était fait creuser dans le rocher ; puis il roula une grosse pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla.
61Cependant Marie de Magdala et l'autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.
62Le lendemain, jour qui suit la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent ensemble chez Pilate.
63« Seigneur, lui dirent-ils, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit de son vivant : "Après trois jours, je ressusciterai."
64Donne donc l'ordre que l'on s'assure du sépulcre jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent le dérober et ne disent au peuple : "Il est ressuscité des morts." Et cette dernière imposture serait pire que la première. »
65Pilate leur déclara : « Vous avez une garde. Allez ! Assurez-vous du sépulcre, comme vous l'entendez. »
66Ils allèrent donc s'assurer du sépulcre en scellant la pierre et en y postant une garde.
67Alors ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups ; d'autres le giflèrent.
68« Pour nous, dirent-ils, fais le prophète, Messie : qui est-ce qui t'a frappé ? »
69Or Pierre était assis dehors dans la cour. Une servante s'approcha de lui en disant : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! »
70Mais il nia devant tout le monde, en disant : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. »
71Comme il s'en allait vers le portail, une autre le vit et dit à ceux qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus le Nazôréen. »
72De nouveau, il nia avec serment : « Je ne connais pas cet homme ! »
73Peu après, ceux qui étaient là s'approchèrent et dirent à Pierre : « A coup sûr, toi aussi tu es des leurs ! Et puis, ton accent te trahit. »
74Alors il se mit à jurer avec des imprécations : « Je ne connais pas cet homme ! » Et aussitôt un coq chanta.
75Et Pierre se rappela la parole que Jésus avait dite : « Avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit et pleura amèrement.
1Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire condamner à mort.
2Puis ils le lièrent, ils l'emmenèrent et le livrèrent au gouverneur Pilate.
3Alors Judas, qui l'avait livré, voyant que Jésus avait été condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens,
4en disant : « J'ai péché en livrant un sang innocent. » Mais ils dirent : « Que nous importe ! C'est ton affaire  ! »
5Alors il se retira, en jetant l'argent du côté du sanctuaire, et alla se pendre.
6Les grands prêtres prirent l'argent et dirent : « Il n'est pas permis de le verser au trésor, puisque c'est le prix du sang. »
7Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour la sépulture des étrangers.
8Voilà pourquoi jusqu'à maintenant ce champ est appelé : "Champ du sang ".
9Alors s'accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie : Et ils prirent les trente pièces d'argent : c'est le prix de celui qui fut évalué, de celui qu'ont évalué les fils d'Israël.
10Et ils les donnèrent pour le champ du potier, ainsi que le Seigneur me l'avait ordonné.
11Jésus comparut devant le gouverneur. Le gouverneur l'interrogea : « Es-tu le roi des Juifs  ? » Jésus déclara : « C'est toi qui le dis » ;
12mais aux accusations que les grands prêtres et les anciens portaient contre lui, il ne répondit rien.
13Alors Pilate lui dit : « Tu n'entends pas tous ces témoignages contre toi ? »
 
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