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"Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies... "
 
Job 7,1-4.6.7

«Mais qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?» Ce film passe actuellement dans la petite ville de Normandie où je me trouve. Quelqu’un se risquera-t-il un jour à prendre le Livre de Job comme trame d’un tel film ? Mais ce n’est pas tout à fait le sujet de ce conte qui, en fait, met en scène un non juif à qui est posée la question de la souffrance non méritée, comme si la souffrance pouvait être méritée. N’est-ce pas cependant ce qui nous habite encore aujourd’hui. En général nous donnons deux genres de réponse à ce problème de la souffrance : on bien, nous récoltons ce que nous avons semé ou bien, comme l’avait répliqué une brave grand-mère, en maison de retraite, à la religieuse infirmière du service : « Qu’est-ce que le Bon Dieu doit m’aimer pour que je souffre ainsi ! » Le livre de Job n’honore aucune de ces deux réponses et même les conteste. Mais il ne donne pas d’explication à la souffrance. Le Christ non plus ne donnera pas d’explication à cette réalité que nous traversons tous, plus ou moins, un jour ou l’autre. Il est venu la porter avec nous.

• Psaume 146

Le début du psaume contraste avec la première lecture à laquelle il est censé être une réponse. La tonalité de ce psaume ne se comprend que si on prend en compte la suite du livre de Job où Dieu donne raison à l’attitude de Job et lui restitue tout ce qu’il lui a ôté.

Cependant le verset 3 qui affirme « Dieu guérit les cœurs brisés, il soigne leurs blessures »… convient parfaitement au cas de Job affronté à la situation la plus cruelle de son existence, la souffrance. On pourrait être étonné qu’à ce verset fait suite cet autre : «Il compte le nombre des étoiles,
il donne à chacune un nom
 » qui est une allusion à la création. Mais, en plus du fait que, dans la tradition biblique, création et libération sont toujours liées, on peut y voir un clin d’œil à la réponse de Dieu à Job au chapitre 38 où Il convoque la création en réponse au questionnement de Job relatif à son incompréhension face à sa souffrance. Et la finale Le Seigneur élève les humbles consonne avec l’histoire de Job qui a expérimenté la présence de Dieu à ses côtés, dans la traversée même de sa souffrance.

• Marc 1,29-39 

Notons d'abord l'expression «et aussitôt» utilisée deux fois dans cette péricope et que Marc emploie fréquemment (42 fois). Il contribue à donner aux lecteurs une impression de récits vivants et alertes.

Arrêtons-nous au point capital de cette péricope : l'importance de l'intervention de Jésus. «Et s'approchant, il la fit se lever en (la) prenant par la main » (v. 31a). Deux participes encadrent le verbe principal : « il la fit se lever ». A propos du premier participe, notons que c'est l'unique fois où, dans le deuxième évangile, le verbe « s'approcher» a Jésus pour sujet. La proposition « il la fit se lever» est énoncée avant même le geste nécessaire, réduit à un simple participe («en la prenant par la main »).    L'essentiel est donc mis en valeur par la forme grammaticale elle-même : Jésus est celui qui relève.

Ce verbe « se lever» est l'un des deux utilisés dans le Nouveau Testament avec « se réveiller»-lorsqu'il est question de résurrection. Autrement dit, se trouve ici suggérée l'autorité de Jésus (cf. 1,27), capable de remettre debout ceux qui sont malades, voire déjà morts (5,39).

Dès que la femme est relevée, deux conséquences s'enchaînent immédiatement. D'abord, «la fièvre la quitta». A l'époque, la fièvre n'était pas considérée comme un symptôme mais comme une maladie, voire une force étrangère prenant possession d'une personne. Par là encore se trouve soulignée l'importance de l'intervention de Jésus : dès qu'il a fait se lever la femme, la fièvre, force démoniaque, n'a plus qu'à s'en aller. L'autorité de Jésus (cf. 1,27) se trouve ainsi mise en valeur. Ensuite, « elle les servait ». Peut-être est-il fait ici allusion au repas mais le texte ne le dit pas. Il ne faut cependant pas oublier que le thème du pain, nourriture de base en Palestine au premier siècle, est d'une importance capitale dans le deuxième évangile puisque toute une section est couramment appelée « la section des pains» (6,6b -8,26).

Le pronom personnel « les (servait) » est tout à fait remarquable, puisqu'il désigne évidemment dans ce contexte Jésus et ses disciples. C'est là une des caractéristiques de Marc, qui dissocie rarement Jésus de ses disciples. Symptomatique est à cet égard l'institution des Douze. Comme les autres synoptiques, Marc rapporte que Jésus « en établit Douze », mais il ajoute aussitôt un trait qui lui est propre : « pour être avec lui» (3,14). Avant même de signaler que les Douze sont institués pour un envoi en mission («pour les envoyer prêcher »), Marc met d'abord l'accent sur la communauté de vie « avec» Jésus.

A première vue, cette péricope de Marc peut apparaître aux yeux d'un lecteur pressé comme une évocation du passé et donc comme un récit dépassé. En réalité, Jésus est celui qui, avec autorité, continue à mettre debout ceux qui sont tombés. Une seule condition est nécessaire, du moins dans la dynamique de ce récit : rien ne peut se faire si on ne parle pas à Jésus. Cette péricope rejoint donc le schéma-type des récits de miracle : présentation de la situation, demande, geste, efficacité et éventuellement- mais ce n'est pas le cas ici - réaction des assistants.


On trouvera des pistes d'approfondissement pour la deuxième lecture (1 Corinthiens 9,16-19.22.23) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales n° 3. Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre.

 
Jérusalem: l'esplanade des mosquées
 
Vidéo
La fenêtre du père Marc :
"Je ne chante pas pour passer le temps"