Vendredi Saint (18 avril 2014)
 
 
"Tout est accompli... "

L’évangile de ce jour nous présente le Serviteur souffrant, annoncé par le prophète Isaïe. (1° lecture) Humilié, mais non écrasé, il remet son esprit entre les mains de Dieu. Relevé par Dieu, il devient le grand prêtre par excellence, celui qui a pénétré au-delà des cieux (2° lecture). En lisant la passion du Christ, mesurons l’amour qu’il nous porte.


Isaïe 52,13 – 53,12

Le Serviteur souffre injustement à cause des fautes des multitudes. Le poème pourtant n’est pas une lamentation, mais une parole d’espérance. Il est en effet encadré par la voix de Dieu qui annonce la réussite du Serviteur. Dieu lui donnera la multitude en partage. Là où le peuple ne voit qu’un échec, Dieu voit une réussite éclatante : toutes les nations de la terre en resteront bouche bée.

Devant cette déclaration, la foule réagit : Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Elle réalise que le Serviteur souffre injustement et qu’il est un substitut qui prend sur lui le châtiment destiné au peuple. Le peuple mériterait le sort du Serviteur. Le Serviteur, lui, est l’image du juste persécuté.

Le prophète commente la déclaration de la foule : Maltraité, il s’humilie...Il exprime sa confiance dans le Seigneur qui saura accueillir les souffrances du Serviteur et transformer le mal en bien.

Ces souffrances du Serviteur ne sont pas inutiles. En se rangeant parmi les pécheurs et en portant leurs péchés, il les sauve. Oui, le Serviteur est un juste. Il transmet sa justice aux multitudes.


• Psaume 30

Persécuté par les hommes, le psalmiste met sa confiance en Dieu. Ses adversaires se moquent de lui et l’humilient, mais ses voisins et amis en font autant. Face aux mains hostiles, le psalmiste remet son esprit entre les mains de Dieu. Il s’agit ici non de l’âme, mais du souffle vital déposé par le créateur dans les narines du premier homme lors de la création. Lors de sa mort, l’être humain rend ce souffle à Dieu. Ce sera la cas de Jésus en croix : « Inclinant la tête, il remit l’esprit ». Le psalmiste anticipe en quelque sorte sa mort tout en demandant à Dieu de l’en préserver.


• Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon St Jean (Jn 18,1 –19,42)

Comme dimanche dernier, avec la passion selon St Matthieu, méditons la passion selon St Jean en 14 étapes, comme autant de stations du chemin de croix.

1. Après le repas, Jésus sortit avec ses disciples. La passion de Jésus commence dans un jardin. Le lieu évoque le jardin des origines, quand tout a commencé. Jésus serait-il le nouvel Adam, celui en qui Dieu récapitule et renouvelle toutes choses ?

Judas arrive conduisant un détachement de soldats (romains) et des gardes du Temple. Avec la complicité d’un disciple, des juifs et des païens, ils viennent arrêter Jésus.

Jésus s’avance et dit : C’est moi,  en grec : égo eimi. Ego eimi, disait également la voix sortant du buisson ardent.  La Voix précipite tout le monde par terre, y compris Judas. Jésus va à la rencontre de ceux qui viennent l’arrêter. « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. » S’il intervient ce n’est pas pour lui, mais pour ses disciples. Il refuse la violence et accepte l’épreuve.

2. Simon Pierre et un autre disciple suivaient Jésus. Pierre est associé à « l’autre disciple », celui qui a ses entrées chez le grand Prêtre. Les deux disciples seront également associés au matin de Pâque. Pierre renie Jésus une première fois.

3. Or le Grand Prêtre questionnait Jésus. Le grand-prêtre en question est en fait Anne, le beau-père du grand-prêtre en exercice. Tout en refusant la violence, Jésus ne baisse pas la tête. Avec beaucoup de dignité, il demande pourquoi on le frappe. C’est lui qui mène les débats.

4. Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. Le premier interrogatoire de Jésus est encadré des reniements de Pierre. Pierre renie Jésus une deuxième et une troisième fois. Il ne manifeste pas le moindre remord. Le lecteur de l’évangile qui se rappelle des paroles de Jésus : « Le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois » (Jn 13,36) entend le chant du coq. Pierre entend-il le chant du coq ? Se rappelle-t-il des paroles de Jésus ? Cela n’en a pas l’air.

5. Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au palais du gouverneur.

Dans l’évangile de Jean, Jésus est déjà condamné à mort depuis bien longtemps. Il suffit de faire exécuter la sentence. Les Juifs dont il est question ici sont les grands prêtres et les gardes (19,6.15) Sans preuves – il leur serait difficile d’en trouver - ils accusent Jésus d’être un malfaiteur. Il y a une ironie tragique dans le texte. Ceux qui ne veulent pas se souiller au contact d’un païen pour pouvoir manger la Pâque n’hésitent pas à se souiller en réclamant la mort d’un innocent.

6. Alors Pilate rentra dans son palais. L’interrogatoire porte sur la royauté de Jésus. Comme avec Nicodème ou la Samaritaine, le dialogue évolue sur deux niveaux parallèles qui ne se rejoignent pas. La royauté dont parle Pilate et celle que revendique Jésus ne sont pas du même ordre. Celle de Jésus ne repose pas sur la force des armes mais sur celle de la vérité. Le juge et les accusateurs du procès appartiennent-ils à la vérité ?

7. Après cela, il sortit de nouveau. Les entrées et sortie de Pilate rythment le procès. Convaincu de l’innocence de Jésus, Pilate cherche une sortie honorable. Mais il se laisse imposer la libération d’un bandit, au détriment d’un innocent qu’il fait châtier. Nouvelle ironie tragique. Les soldats croient se livrer à une parodie de couronnement. Ils ne se rendent pas compte qu’ils disent la vérité en rendant honneur au roi des Juifs.

8. Pilate sortit de nouveau. Pilate multiplie les aller-retour entre l’intérieur, où il interroge Jésus, et l’extérieur, où se trouvent les accusateurs. Il emmène Jésus deux fois avec lui et le présente à la foule. Voici l’homme. Voici votre roi. Le propos se veut ironique et méprisant pour le peuple juif. Mais, une fois de plus, il affirme la vérité.

Devant la menace à peine voilée de dénonciation auprès de l’empereur, Pilate capitule et commet un déni de justice. Le procès s’achève sur une dernière parodie. Jésus est assis au tribunal dans l’attitude du juge. Il est face à son peuple dont les chefs se condamnent eux-mêmes en proclamant leur soumission à un empereur païen. Jésus n’est pas condamné, mais il est livré.

9. Jésus, portant lui-même sa croix, sortit. Le récit n’insiste pas sur l’infamie du supplice. Il ne le décrit pas. Jésus est digne et porte sa croix lui-même, sans l’aide de personne. L’écriteau est rédigé en hébreu, la langue liturgique du Temple, en latin, la langue de l’administration romaine et en grec, la langue culturelle. Tout le monde peut le comprendre. Comme les paroles de Pilate, son écrit est à double sens. On peut y voir une ironie cruelle. On peut y lire également un involontaire témoignage de foi.

10. Lorsque les soldats eurent crucifié Jésus. Les vêtements des condamnés constituaient le salaire des bourreaux. Le geste est banal en lui-même, mais l’évangéliste lui donne un sens symbolique. Les Écritures s’accomplissent. Les Pères de l’Église, eux, voient dans la tunique sans couture le symbole de l’unité de l’Église.

11. Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère. La mère de Jésus est présente aux deux extrémités de l’évangile : à Cana et à la croix. Elle qui a dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira » reçoit un nouveau fils, le disciple bien-aimé, celui qui est fidèle au Christ jusqu’au bout.

12. Après cela, sachant que toutes choses étaient accomplies. L’Écriture s’accomplit jusqu’au bout, dit l’Évangéliste qui fait allusion au Ps 68 : « Dans ma soif, ils m’ont donné du vinaigre ». Jésus meurt sereinement en remettant son esprit. Deux lectures sont possibles. Jésus remet sa vie à son Père. Jésus remet son Esprit à ceux qui sont au pied de la croix et fonde ainsi l’Église. Les deux lectures ne s’excluent pas l’une l’autre.

13. Comme c’était le vendredi. Dans l’évangile de Jean, Jésus meurt la veille de la Pâque, à l’heure où les agneaux sont immolés dans le Temple pour le repas pascal. D’après le rituel de la fête, il ne faut pas briser les os de l’agneau (Nombres 9,12). Les os de Jésus ne sont pas brisés. Il est le nouvel agneau pascal. De son flanc ouvert coule du sang et de l’eau. Allusion à l’eucharistie et au baptême, issus du cœur de Jésus.

14. Après cela, Joseph d’Arimathie. Nicodème, le pharisien, et Joseph d’Arimathie, qui a ses entrées auprès de Pilate, embaument le corps de Jésus et l’ensevelissent. Commencée dans un jardin, la passion de Jésus se termine dans un jardin. C’est dans ce même jardin qu’à la lumière de Pâque le Ressuscité apparaîtra à Marie de Magdala.


On trouvera des pistes d'approfondissement pour la deuxième lecture (Lettre aux Hébreux 4,14-16 ; 5,7-9.) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales n° 6. Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre.

 
Jérusalem: l'entrée du St Sépulcre
Jérusalem: l'entrée du St Sépulcre