11° dimanche du temps ordinaire (14 Juin 2015)
 
 
"Le règne de Dieu... est comme une graine de moutarde... "
 
• Ézéchiel 17,22-24

Cette petite parabole d’Ézéchiel présente la restauration d’Israël comme une sorte de renaissance, de résurrection. A partir d’un tout petit rameau  va surgir un arbre majestueux.

Pour bien saisir la portée de cette parabole, il faut se souvenir du contexte historique. En 597, après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, il y eut une première éportation dont faisait partie le roi et une partie des habitants dont Ézéchiel. Dix ans plus tard, en 587, nouvelle vague, cette fois, Jérusalem est complètement détruite et pillée, presque tous les cadres déportés à leur tour à Babylone.

Israël est en proie à la désespérance, alors, Ézéchiel, déporté lui aussi et qui avait annoncé l’insuccès assuré des manœuvres de Sédécias qui comptait sur l’Égypte pour se révolter contre Babylone,  adresse ce message à ses concitoyens : Dieu va intervenir en faveur de son peuple. Il fera l’inverse de ce qu’a fait Nabuchodonosor. Celui-ci a transplanté la cime du cèdre (le roi  d’Israël et  tous les cadres) en Babylonie. Dieu prendra de l'extrémité de l'une de ses branches, un faible rameau, qu'il replantera dans le sol d'Israël et qui, devenant un cèdre plus grand que tous les autres arbres, abritera la terre entière.  Notre texte se termine par cette parole : « J’ai parlé et je le ferai » qui rappelle l’efficacité de la Parole de Dieu et sa fidélité à ses promesses.


• Psaume 91,2-3.13-14.15-16

Il est alors tout naturel d’entonner l’action de grâces en réponse à la première lecture qui vient d’annoncer la renaissance d’Israël après l’Exil à Babylone. « Il est bon d’annoncer ta fidélité au long des nuits »  éclate un peu comme la reconnaissance du dernier verset de la première lecture : Moi, le SEIGNEUR, j’ai parlé et je le ferai. Israël chante la gloire de Dieu qui est fidèle à ses promesses.


• Marc 4,26-34

Le texte de Marc nous propose deux petites paraboles, dites de la croissance : celle de la graine qui pousse toute seule et celle du grain de moutarde. Pour la première, la clé de lecture en est la phrase centrale : « il ne sait comment ». C'est là l'essentiel de la parabole, cette position-clé du non savoir ; charnière autour de laquelle s'effectue le passage de l'attente à l'espérance comblée. Point de non-savoir, celui de la foi à l'épreuve de la patience. Alors, se fait jour un double contraste sur lequel est construite la dynamique de la parabole du Règne de Dieu : contraste entre l'ignorance de l'homme et le savoir-faire de la terre, contraste entre la passivité de l'homme et l'activité de la terre. Et, sans doute qu'il ne faut pas chercher à privilégier un aspect plutôt que l'autre. C'est l'interaction de ces contrastes qui fait sens et non un seul. 

Visiblement, cette parabole a été dite pour des interlocuteurs qui ont hâte de voir venir la fin et pensent pouvoir l'accélérer, soit par l'action violente, soit par une fidélité accrue. Or, le calendrier du Royaume est le calendrier de Dieu. L'homme n'y a pas accès, sauf à savoir que l'échéance vient, comme mûrit le blé.

Dans la seconde parabole, il est aussi question de graine mais de sénevé, cette fois-ci. Le point de comparaison entre cette graine et le Royaume de Dieu est l'extraordinaire pouvoir de croissance des deux. Sans doute existe-t-il, contrairement à ce que dit Jésus, des graines plus petites que le grain de sénevé ou de moutarde, mais c'était la plus petite semence utilisée par les jardiniers de l'époque. "Quand on la sème en terre... quand on l’a semée...". On notera l'insistance de Jésus. Là aussi il faut qu'il y ait semailles, sinon il n'y aura pas de récolte. Nous réduisons souvent cette parabole à une banalité, à une platitude, si le message que nous en tirons est quelque chose comme : « Ce qui est grand est tout d’abord petit ».

Il n’est pas dit que le sénevé est une petite plante qui devient une grande plante. Il est dit qu’il devient plus grand que les légumes, qu’il devient un arbre. « Un arbre», c’est-à-dire quelque chose de tout-à-fait autre qu’une plante. Et non seulement « un arbre » : mais un arbre tel que « les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre ».

Or le moutardier n'est pas un cèdre ! Mais depuis Ez 17 – notre première lecture – et Ez 31,6 (qui parle du cèdre) - "Dans ses branches nichaient tous les oiseaux du ciel, sous ses rameaux mettaient bas toutes les bêtes sauvages, à son ombre s'asseyaient un grand nombre de gens" - l'expression désigne la multitude des peuples païens à qui le Royaume offrira refuge à la fin des temps.

Tous ces textes nous invitent à l’espérance car au départ, le royaume est quasi insignifiant ; mais cet effacement va surprendre. Par des chemins aussi discrets qu’inattendus, la Bonne Nouvelle se faufile rapidement. « Nuit et jour », que je dorme ou que je me lève, elle germe et grandit, au point qu’à un moment - qui sait ? - elle atteindra peut-être « la cime du grand cèdre » dont parle Ézéchiel.


On trouvera des pistes d'approfondissement pour l'Épître (2 Corinthiens 5,6-10) ainsi que de brèves citations d'auteurs spirituels d'hier et d'aujourd'hui dans les Fiches Dominicales n°8. Ceux qui préparent la liturgie y trouveront aussi des idées pour une mise en œuvre.

 
Monastère Ste Catherine, Sinaï.
 
Vidéo
La fenêtre du père Marc :
"Je ne chante pas pour passer le temps"