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Bible
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Enfance de Jésus
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Marchadour Alain
Récits d'enfance dans la Bible
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Dans le grand livre de la Bible les récits d'enfance sont rares...
 

Dans le grand livre de la Bible les récits d'enfance sont rares On pense qu'il ne se passe rien d'important à cet âge. Les grands hommes, comme l'expression l'indique, ont cessé d'être petits quand ils deviennent intéressants. Alors, pourquoi quelques exceptions comme Jacob et Ésaü, Moïse, Samuel, Samson et surtout Jésus ?

- L'enfance comme préfiguration
Dans la Bible

La Bible rapporte que, dès leur apparition dans le sein de leur mère, Jacob et Ésaü se battaient (Gn 25,21-28). Ainsi, dès avant leur naissance, ils vivent déjà la rivalité des deux peuples dont ils sont les ancêtres : Israël et Édom (2 S 8,14). Dès l'âge de trois mois, dans sa corbeille sur le Nil, Moïse est protégé par Dieu (Ex 2,1-10). Dans ce récit, Dieu n'est pas nommé, mais il est présent à son peuple : Moïse sauvé des eaux préfigure le destin d'Israël que son Dieu arrachera aux eaux de la mort (Ex 14).

Samson est un don de Dieu à Manoah, dont la femme était stérile (Jg 13). Ainsi est annoncé le destin légendaire de ce héros qui « commencera à sauver Israël de la main des Philistins » (Jg 13,5). Le petit Samuel, lui aussi un merveilleux don de Dieu fait à Anne la stérile, « grandissait en taille et en beauté devant le Seigneur et devant les hommes » (1 S 2,26). Devenu prophète par un appel solennel de Dieu (1 S 3), il désignera les deux premiers rois : Saül et David.

 Hors de la Bible

La littérature de chaque peuple est pleine d'autres exemples du même genre. Le futur roi Sargon, fondateur du royaume d'Akkad, 25 siècles avant Jésus, est sauvé de la mort en étant placé, encore tout petit, dans une corbeille d'osier sur l'Euphrate. Belle histoire dont s'est souvenu le narrateur de l'enfance de Moïse (Ex 2). Plutarque raconte comment le futur Alexandre le Grand a donné, dès son enfance, des signes prémonitoires de son destin exceptionnel : il était capable de dompter un cheval emballé ou de rester les yeux fixés sur le soleil.

Les vies de saints sont pleines de ces récits naïfs où les vertus et les exploits éclatent dès la petite enfance. Ainsi saint Nicolas qui refuse le sein de sa mère pour jeûner, le vendredi, ou saint Rémi qui guérit un aveugle en lui touchant les yeux avec le lait de sa mère. « Mensonges », disent les rationalistes, devant de telles invraisemblances. « Vérités symboliques » diront les lecteurs sensibles à la fonction de ces récits qui font apparaître dès l'enfance ce que sera l'adulte, tout en transmettant un enseignement.


- Les deux récits d'enfances de Jésus

Deux évangélistes, Marc et Jean, n'ont pas ressenti le besoin de parler de l'enfance de Jésus. Pour eux deux, le vrai commencement de Jésus est son baptême. Des trente années qui précèdent, rien n'est dit. À l'opposé, Matthieu et Luc accordent (chacun de façon très personnelle, pas facile à harmoniser) une place importante à quelques scènes de l'enfance de Jésus.

Le Ressuscité

Habituellement on ne commence pas par l'enfance, on y remonte. Matthieu et Luc, sans doute sous l'influence de la piété populaire toujours curieuse, ont cherché à éclairer l'identité de Jésus à travers quelques flashes sur son entrée dans l'histoire. Chacun a choisi un point de vue : pour Luc, c'est celui de Marie; pour Matthieu, celui de Joseph.

Ceux qui ont écrit ces évangiles connaissent déjà la résurrection de Jésus. Ainsi le récit sur Jésus perdu pendant trois jours puis retrouvé au Temple, évoque certainement sa mort et sa résurrection le troisième jour. En présentant Jean Baptiste et Jésus dans un parallélisme à l'avantage de Jésus, Luc exprime déjà la foi de son Église en Jésus ressuscité. À ceux qui accorderaient trop d'importance à Jean Baptiste, l'évangéliste rappelle que la hiérarchie entre Jean et Jésus était déjà établie dès leur conception.

La vie de l'Église

En racontant Jésus enfant, Matthieu et Luc ne peuvent faire abstraction de ce qu'est devenu, de leur temps, le « mouvement de Jésus », avec ses succès et ses échecs. L'Église de Luc, constituée de pauvres, découvre alors que, dès la naissance de Jésus, ce sont des bergers, c'est-à-dire les obscurs, les petits qui reçoivent la révélation. En eux c'est toute l'Église qui se reconnaît, comme dans un miroir, avec sa pauvreté et sa chance d'avoir été choisie.

Matthieu le juif a besoin de comprendre pourquoi son peuple n'a pas accepté son Messie. Alors il projette jusque dans l'enfance de Jésus ce rejet par les juifs et son accueil par les païens. Les rois mages, éclairés par l'étoile, viennent demander au peuple juif l'éclairage des Écritures. C'est ainsi qu'ils rejoignent Bethléem, bien que les chefs des juifs n'accueillent pas le Messie. Dès le commencement, ce qui devait advenir durant la prédication de Jésus, et à la naissance de l'Église, est déjà accompli.

L'éclairage des Écritures

Pour mieux comprendre l'événement Jésus, les chrétiens ont besoin de le relier aux Écritures, de l'exprimer à travers elles. C'est pour cela que Luc, sans le dire, inscrit dans ses récits des citations implicites des Écritures. Le lecteur moderne, étranger à ces textes de l'Ancien Testament, ne s'en rend souvent pas compte ! Matthieu décrit Jésus comme un nouveau Moïse, comme lui mystérieusement réchappé du massacre (Mt 2,13-15).

Quelle historicité ?

Il est bon de rappeler que l'homme biblique n'a pas la même requête d'exactitude historique que nous. Il faut aussi garder en mémoire que tout récit d'enfance est fait en partie d'éléments postérieurs, insérés après coup. Le phénomène de relecture du passé à la lumière du présent, l'importance des Écritures comme « prophéties », l'éblouissement de Pâques dévoilant l'identité véritable de Jésus : tout cela permet de comprendre que les récits d'enfance sont réécrits et que l'exactitude historique n'est pas le premier souci des écrivains.

Pourtant, l'historicité ne peut être mise en cause de façon radicale. Matthieu et Luc, pourtant si différents, ont des points communs très forts. De plus, la sobriété des évangiles sur cette période de la vie de Jésus est un argument favorable, surtout quand on la compare avec les récits apocryphes. Là, le merveilleux s'étale à plaisir, le plus souvent sans grande signification religieuse.

L'Église primitive a heureusement refusé cette veine merveilleuse. Elle a fait une sélection sévère dans les récits d'enfance. Ce qui reste est toujours instructif : les récits pénètrent profondément au cœur du mystère de Jésus, car les écrivains disposent pour cela de lumières particulièrement efficaces : la résurrection et tout le parcours de Jésus, ainsi que la Bible dans son entier.


SBEV. Alain Marchadour
 
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org