224
Confiance
230
Détresse
341
Jonas
100
Prière
2
Stricher Joseph
La prière de Jonas
Commentaire au fil du texte
 
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Des entrailles du poisson, Jonas implore le salut de Dieu...
 

Des entrailles du poisson, Jonas implore le salut de Dieu tout en célébrant le Temple de Jérusalem et en condamnant les peuples païens. Conversion de Jonas... ou humour malicieux du narrateur ?

La prière de Jonas dans les entrailles du poisson peut surprendre. Non pas à cause de la vraisemblance de la scène - dans un conte tout est possible - mais à cause de la cohérence de l'histoire qui nous est racontée. Jonas se trouve au milieu de la mer, dans le ventre d'un poisson. Sa prière est éloquente, véritable cri de détresse d'un naufragé. Il en appelle au Dieu sauveur et le remercie d'avance du salut qu'il obtiendra. C'est beau. Un peu trop beau même. À première vue en effet cette attitude semble en totale contradiction avec Jonas première manière. Serait-il devenu obéissant à Dieu ? Se serait-il converti ? La suite montrera bien que non.

Certains commentateurs pensent que cette prière a été insérée maladroitement dans le conte pour transformer Jonas en un héros positif, et pour que l'ensemble du texte ne soit pas rejeté par la tradition d'Israël. C'est possible. Mais cela ne change rien au texte que nous avons sous les yeux. Il ne faut pas enlever le psaume du conte. Il ne dépare pas le texte. Bien au contraire même, il accroît sa force... et son côté humoristique !

Un cri de détresse

La prière de Jonas trouverait parfaitement sa place dans le Livre des Psaumes. Un homme crie vers le Seigneur :
 
Dans l'angoisse qui m'étreint,
j'implore le Seigneur,
il me répond;
du ventre de la Mort,
j'appelle au secours,
tu entends ma voix.

Comment ne pas penser aux nombreux psaumes qui mettent en scène des hommes en danger de mort ou qui sont en train de couler ? Le Psaume 69 par exemple :

Dieu, sauve-moi :
l'eau m'arrive à la gorge.
Je m'enlise dans un bourbier sans fond,
et rien pour me retenir.
Je coule dans l'eau profonde,
et le courant m'emporte.
Que le courant des eaux ne m'emporte pas,
que le gouffre ne m'engloutisse pas,
que le puits ne referme pas sa gueule sur moi ! (Ps 69,2-3.16).

Jonas a peur, à juste titre, à la vue des «verrous du pays de la mort». La mort n'est pas seulement l'anéantissement physique mais également l'exil loin de la face du Seigneur : «Je suis chassé de devant tes yeux.» On retrouve, comme en écho, la plainte de Caïn «Si tu me chasses de l'étendue du sol, je serai caché à ta face ! » (Gn 4,14).

Un cri de confiance dans le Dieu d'Israël

Après la plongée dans le gouffre et le cri de détresse voici la remontée. Elle est due à Yahvé, le Seigneur. Jonas prononce le Nom de celui qui réside dans le Temple et qui a fait alliance avec Israël, son peuple. Il se présente comme un dévot du Seigneur qui va, dans son Temple, adorer l'Éternel. À lui les chants d'action de grâce et les sacrifices et même les vœux. Jonas fait plus que ce qui est prévu par la Loi. Il fait des vœux qu'il accomplira.... quand le Seigneur l'aura libéré de la situation désagréable dans laquelle il se trouve !
   
Une belle prière

Le psaume de Jonas mériterait de figurer dans le grand livre du psautier. Mais il n'y figure pas justement ! Il a été placé ici, dans la bouche de Jonas englouti dans les entrailles du poisson. C'est donc ici qu'il faut le lire. Il prend alors un relief singulier.

Jonas en effet est éloquent pour plaider sa cause. Sa foi dans le Seigneur est grande. Il est le plus fervent supporter du Dieu d'Israël, le plus acharné à défendre sa cause. Vive le Seigneur ! À lui appartient le salut ! J'irai le prier dans son Temple et lui offrir des sacrifices. Et à bas les païens, ces fanatiques des vaines idoles ! Qu'ils renoncent à leurs vaines dévotions !

Jonas converti ?

Certains pensent que la prière de Jonas détonne dans ce récit. Notre héros est fidèle à lui-même et, dans un moment de détresse, il prie le Seigneur auquel il croit. «Je suis Hébreu, et c'est le Seigneur Dieu du ciel que je vénère», avait-il dit aux marins. Il est donc tout à fait normal qu'il le prie dans la détresse. Il le prie à la manière des psaumes en suppliant le Dieu Sauveur, le Dieu de l’Alliance et en traitant de fanatiques les païens, adorateurs de vaines idoles. Certains prophètes et beaucoup de livres de la sagesse se sont exprimés de la même manière.

Mais Jonas s’est-il converti ? À quel Dieu s’adresse-t-il ? À celui qui lui a parlé ou à celui qu’il s’imagine ? Jonas en effet ne se rend pas compte que, dans cette histoire, le fanatique c'est lui et que l'adorateur d'idoles c'est lui également. Il n'a pas vu que les marins sur le bateau avaient renoncé à leur «vaines dévotions» pour se tourner vers le Seigneur. Il invite les païens à se convertir, mais Dieu l'envoie justement à cet effet à Ninive et Jonas ne veut pas y aller. Jonas n'a aucune envie que les païens se convertissent à son Dieu. Il n'a aucune envie de le partager avec eux. Jonas s'est fait un Dieu à son image. Il en a fait une idole qu'il faut célébrer dans le Temple de Jérusalem. Il est le porte-parole parfait de ce milieu que l’auteur du conte dénonce, ceux qui considèrent l'Alliance comme un privilège et une exclusivité d'Israël.

Mais Dieu ne l'entend pas de cette oreille. La leçon du naufrage n'a pas servi ? Qu'à cela ne tienne. Le Seigneur ne se décourage pas. Il a déjà prévu un ricin à l'est de Ninive pour que son prophète récalcitrant ait une nouvelle chance de se convertir.


© SBEV. Joseph Stricher

 
Jérusalem: l'esplanade des mosquées
Jon 2,2-10
2Des entrailles du poisson, il pria le SEIGNEUR, son Dieu.
3Il dit : Dans l'angoisse qui m'étreint, j'implore le SEIGNEUR  : il me répond ; du ventre de la Mort, j'appelle au secours : tu entends ma voix.
4Tu m'as jeté dans le gouffre au coeur des mers où le courant m'encercle ; toutes tes vagues et tes lames déferlent sur moi.
5Si bien que je me dis : Je suis chassé de devant tes yeux. Mais pourtant je continue à regarder vers ton temple saint.
6Les eaux m'arrivent à la gorge tandis que les flots de l'abîme m'encerclent ; les algues sont entrelacées autour de ma tête.
7Je suis descendu jusqu'à la matrice des montagnes ; à jamais les verrous du pays - de la Mort - sont tirés sur moi. Mais de la Fosse tu m'as fait remonter vivant, ô SEIGNEUR, mon Dieu !
8Alors que je suis à bout de souffle, je me souviens et je dis : « SEIGNEUR  ». Et ma prière parvient jusqu'à toi, jusqu'à ton temple saint.
9Les fanatiques des vaines idoles, qu'ils renoncent à leur dévotion !
10Pour moi, au chant d'actions de grâce, je veux t'offrir des sacrifices, et accomplir les voeux que je fais. Au SEIGNEUR appartient le salut  !
Jon 2,2-10
 
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