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Isaïe
222
Messie
1389
Prophétie de l'Emmanuel
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Autané Maurice
Isaïe annonce la venue de l'Emmanuel, le Messie
Commentaire au fil du texte
 
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Ce récit pourrait suggérer plusieurs lectures complémentaires...
 
Isaïe le prophète annonce ici la venue de l'Emmanuel, le Messie : telle est la lecture chrétienne d'Isaïe 7. Sans nier la pertinence d'une telle lecture, le récit pourrait en suggérer d'autres, tout aussi profondes, et peut-être complémentaires. Parcourons le fil du texte…

"Aux jours d'Akhaz, roi de Juda… On annonça à la maison de David" Le récit nous plonge dans une époque précise, selon la manière habituelle de définir le temps dans le Proche-Orient Ancien : à partir des rois. Information importante : toute prophétie est datée et elle a d'abord un sens pour l'histoire immédiate dans un contexte déterminé. La prophétie de l'Emmanuel s'énonce à Jérusalem, Akhaz régnant sur Juda, et Péqah sur Israël (appelé aussi Éphraïm) ; si nous sortons du texte pour consulter un atlas historique, l'action se situe donc dans les années 733-732 av. J.-C. Le premier verset constitue ainsi l'introduction historique d'un récit qui se divise en deux parties : une première qui dessine le contexte politique de l'annonce (v.2-9), et la deuxième qui déploie le "signe" (v.10-17).

 Sur fond de guerre…

Le v.1 a donné le ton : les rois d'Aram et d'Israël montent contre Jérusalem. C'est la guerre. Le rapport des forces devrait logiquement pencher en faveur des coalisés, mais le narrateur précise d'emblée : "ils ne purent lui donner l'assaut". À partir de là, le prophète intervient. Il le fait en deux phases successives : pour prononcer un oracle de la part du Seigneur et pour donner un signe.

Le récit progresse rapidement. Une des clés du texte se trouve dans l'expression : "Maison de David", qui revient dans les deux parties ( v.2 et v.13). C'est de la pérennité de la dynastie davidique dont il est question. Pour qui a lu les livres de Samuel, la pérennité est fondée sur les promesses de Dieu à David (cf. l'oracle de 2 Samuel 7). Or, elle est ici est remise en cause par les coalisés qui veulent remplacer Akhaz, "fils" (c'est-à-dire descendant) de David, par un obscur "fils de Tavéel". La peur s'empare de tous.

Alors, au v.3, Dieu agit par son prophète. Pour calmer la peur. Pour ouvrir un avenir. Il lui donne un commandement : "Sors…", comme au moment de l'Exode, quand il a fait sortir son peuple de l'esclavage. Shéar-Yashouv accompagne Isaïe son père, il est symbole de l'espérance puisque son nom signifie "un-reste-reviendra" ! Par-delà la menace immédiate, Dieu assure que la dynastie davidique n'est pas finie.

Dans son message au roi Ahkaz, le prophète commence par plusieurs impératifs : "Veille à rester calme, ne crains pas, que ton cœur ne défaille pas!" Autant d'efforts pour atténuer la peur face à la menace de destruction (cf. le rappel des v. 4 et 5).

L'essentiel de l'oracle est introduit solennellement : "…ainsi parle le Seigneur Dieu". Suit un appel à la confiance justifié par des affirmations énigmatiques sur Damas et Samarie, "têtes" d'Aram et d'Ephraïm qui ne "tiendront" pas. Faut-il comprendre que, par contraste, Jérusalem, "tête" de Juda, ne peut que tenir car le Seigneur Dieu réside en elle ? Peut-être, mais le soutien divin n'est pas inconditionnel : pour sortir vainqueur de l'épreuve, Akhaz doit croire. La foi s'oppose à la peur. La foi est une arme.

 … le signe que "Dieu est avec nous"

Au v.10 s'ouvre la deuxième phase du message. Cette fois, le narrateur "oublie" de mentionner le prophète pour mettre face à face le Seigneur et le roi. Le Seigneur propose de donner un signe. Un signe grandiose, à la mesure même de la foi demandée au roi. Mais le roi refuse. Son argument est logique : l'homme ne doit pas tenter Dieu. Seulement ici, c'est Dieu lui-même qui propose un signe. Passant outre le refus du roi, le Seigneur choisit pour lui : ce sera la naissance d'un garçon, signe banal à vues humaines.

Avec le v.14, nous atteignons le cœur de la prophétie. Il mentionne une "jeune femme". Qui est-elle ? Le mot hébreu, "almah", ne signifie pas "vierge". Ce sont les traducteurs grecs du livre d'Isaïe qui, considérant ce signe comme miraculeux, ajouteront encore au miracle en traduisant "almah" par "parthenos" (vierge). Relevons que, dans le texte hébreu, cette femme est une personne connue du Seigneur, du prophète et du roi (cf. l'article : la jeune femme) ; sans doute s'agit-il de la reine. S'il en est ainsi, le fils qu'elle va enfanter est l'héritier du trône, celui qui pourra assurer la continuité de la dynastie davidique. C'est bien le signe que le Seigneur protège Juda et Jérusalem.

Qui a succédé à Achaz ? Les lecteurs des livres des Rois (et du livre d'Isaïe, cf. Isaïe 36-39) savent qu'il s'appelle Ezékias. Or, ici on lui donne le nom d'Emmanuel ("Dieu-est-avec-nous"). Comment résoudre cette énigme ? Le plus simple est de considérer qu'il s'agit d'un nom symbolique (comme ceux que portent les fils du prophète, cf. v.3 ou 8,1-4). Un nom qui oriente le regard vers l'alliance entre Dieu et son peuple : "Il est avec nous, le Seigneur tout-puissant, citadelle pour nous, le Dieu de Jacob " (Ps 46,8). Un nom qui appuie l'annonce de la continuité de la dynastie. Un avenir est possible et la suite de l'oracle (v.16) envisage la destruction de la terre des deux rois qui menacent Juda.

Ainsi, les deux mouvements de l'oracle d'Isaïe se comprennent à la lecture de l'histoire, focalisant sur une exhortation à croire. Par la suite, avec la fin de la royauté, ils prendront valeur nouvelle. On dira alors que la dynastie de David – qui ne peut disparaître – donnera naissance au Messie, ultime envoyé de Dieu (les rois n'étaient-ils pas déjà des "messies" ? cf. David en 1 Samuel 16). Certains identifieront l'Emmanuel au Messie ; il ouvrira un ère de salut extraordinaire dans l'histoire : "le Seigneur fera venir sur toi… des jours tels qu'il n'en est pas venu depuis qu'Ephraïm s'est détaché de Juda."


© SBEV. Maurice Autané
 
Is 7,1-17
1Aux jours d'Akhaz, fils de Yotam, fils d'Ozias, roi de Juda, Recîn, roi d'Aram, et Péqah, fils de Remalyahou, roi d'Israël, montèrent contre Jérusalem pour l'attaquer, mais ils ne purent lui donner l'assaut.
2On annonça à la maison de David : « Aram a pris position en Ephraïm. » Alors, son coeur et le coeur de son peuple furent agités comme les arbres de la forêt sont agités par le vent.
3Le SEIGNEUR dit à Esaïe : « Sors à la rencontre d'Akhaz, toi et ton fils Shéar-Yashouv, vers l'extrémité du canal du réservoir supérieur, vers la chaussée du champ du Foulon.
4Tu lui diras : Veille à rester calme, ne crains pas ! Que ton coeur ne défaille pas à cause de ces deux bouts de tison fumants, sous l'effet de l'ardente colère de Recîn, d'Aram et du fils de Remalyahou.
5Puisque Aram - avec Ephraïm et le fils de Remalyahou - a résolu ta perte en disant :
6"Montons contre Juda pour l'effrayer, pénétrons chez lui pour l'amener à nous et installons-y comme roi le fils de Tavéel",
7ainsi parle le Seigneur DIEU  : Cela ne tiendra pas, cela ne sera pas !
8Car la tête d'Aram, c'est Damas et la tête de Damas, c'est Recîn - encore soixante-cinq ans et Ephraïm écrasé cessera d'être un peuple -
9la tête d'Ephraïm c'est Samarie et la tête de Samarie, c'est le fils de Remalyahou. Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas. »
10Le SEIGNEUR parla encore à Akhaz en ces termes :
11« Demande un signe pour toi au SEIGNEUR ton Dieu, demande-le au plus profond ou sur les sommets, là-haut. »
12Akhaz répondit : « Je n'en demanderai pas et je ne mettrai pas le SEIGNEUR à l'épreuve. »
13Il dit alors : Ecoutez donc, maison de David ! Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, que vous fatiguiez aussi mon Dieu ?
14Aussi bien le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe : Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel.
15De crème et de miel il se nourrira, sachant rejeter le mal et choisir le bien.
16Avant même que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, elle sera abandonnée, la terre dont tu crains les deux rois.
17Le SEIGNEUR fera venir sur toi, sur ton peuple et sur la maison de ton père, des jours tels qu'il n'en est pas venu depuis qu'Ephraïm s'est détaché de Juda - le roi d'Assyrie.
 
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