396
Paradis
399
péché originel
400
Vie éternelle
14
Soupa Anne
2
Stricher Joseph
Paradis perdu ou à retrouver ?
Théologie
 
Commencer
 
Qu'en est-il aujourd'hui duP aradis ? Est-il définitivement fermé ?
 

Dieu ayant expulsé l'homme et la femme du Paradis, tout est-il perdu pour autant ? Dieu est-il définitivement brouillé avec les hommes ? 

L'humanité ne vit plus dans le jardin aux arbres merveilleux, là où les animaux parlent et où Dieu se promène au souffle du jour. Elle gagne maintenant son pain à la sueur de son front. La femme transmet la vie dans la souffrance. La violence est omniprésente et, dans le récit de Caïn et Abel, un homme tue son frère. L'humanité est-elle pour autant maudite par Dieu ou abandonnée par lui ? Dieu refuse-t-il de pardonner ? Fait-il porter à tout le monde, et de génération en génération, la faute de quelques-uns ? La Bible ne le dit nullement.

Un jugement clément

Reprenons le procès où l'homme et la femme comparaissent devant Dieu. Il s'agit bien d'un procès en effet avec recherche des coupables, interrogatoire, jugement et sanction. Oublions le comportement lamentable des deux prévenus qui se défaussent chacun de leur responsabilité. Dieu prononce une sentence qui consiste à introduire l'humanité dans le monde réel où elle est appelée à vivre. Elle quitte le monde merveilleux régi par les lois de l'immortalité pour commencer son existence terrestre.

La terre est basse et le travail de la terre est pénible bien sûr. Mais le travail n'est pas une punition. Le Seigneur Dieu avait invité l'homme à cultiver et à garder le jardin. Il lui a même donné l'exemple en travaillant lui-même dans le jardin, et avec quelle énergie !

Les souffrances de l'accouchement sont réelles mais, comme dit Jésus : «Lorsque la femme enfante, elle est dans l'affliction puisque son heure est venue; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, elle est toute à la joie d'avoir mis un homme au monde» (Jn 16,21). Jamais dans la Bible nous ne voyons une femme se plaindre des douleurs de l'enfantement. Elle gémit par contre amèrement quand elle ne peut accéder à la joie de la maternité.

Dieu n'a pas maudit l'homme et la femme. Il leur a donné le monde pour qu'ils le transforment par le travail et le peuplent par le don de la vie. Il les a associés, en quelque sorte, à sa propre fonction paternelle et maternelle. Dieu par contre a maudit le serpent et, à travers lui, le mal qui rôde dans le monde. Il a annoncé sa défaite inéluctable.

Des habits et un signe qui protègent

Avant d'expulser l'homme et la femme du jardin Dieu leur fait des habits de peau. Décidément il sait tout faire! Après le travail du potier, de l'anesthésiste, du chirurgien et du juge, voici maintenant celui de la couturière. Des habits de cuir sont plus seyants et plus solides que des pagnes en feuilles de figuier. Dieu se comporte comme un père et une mère de famille qui voient s'éloigner leurs enfants de la maison familiale et qui leur donnent le minimum nécessaire dans l'existence.

En dehors du jardin la sollicitude de Dieu n'abandonne pas l'humanité. Il protège même l'assassin. Sur Caïn qui dit : «Ma faute est trop lourde à porter», le Seigneur met un signe «pour que personne en le rencontrant ne le frappe». Il protège l'humanité contre elle-même pour qu'elle n'entre pas dans le cycle infernal de la vengeance. Avec Noé puis avec Abraham il conclut une alliance. Avec Moïse il donne sa loi. Avec les prophètes il intervient sans cesse pour rappeler sa prévenance, sa miséricorde et son amour pour son peuple élu et pour tous les hommes.

Israël raconte ainsi son histoire. Il n'y est jamais question d'un Dieu qui abandonne les hommes mais de sa tendresse et de sa fidélité. Les hommes par contre se détournent de lui. L'histoire «sainte» n'est en fait qu'une longue suite de rébellions contre Dieu.

Péché originel ou péché des origines

Le péché originel désigne cela, cette inclinaison des hommes à faire le mal. Saint Paul le dit très bien dans la lettre aux Romains : «Le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais» (7,19). Avec l'histoire d'Adam et Ève, la Bible raconte l'amour de Dieu pour son humanité. Il lui donne le bien le plus précieux : la liberté. L'arbre de la connaissance de ce qui est bien ou mal représente l'épreuve à laquelle l'humanité est soumise. Il ne va pas de soi qu'elle fasse le bon choix. Laissée à elle-même, elle ne cherche pas naturellement à vivre en harmonie avec Dieu. Avec le Christ par contre tout change. Par sa grâce nous sommes réconciliés avec Dieu. Dans la même lettre aux Romains, saint Paul explique que si nous sommes solidaires dans le péché en Adam nous sommes également et surtout solidaires dans le salut en Jésus Christ.

Paradis, vie éternelle et Jérusalem céleste

Dans le Nouveau Testament le Paradis n'est plus derrière nous mais devant nous. Le Christ le promet pour « aujourd'hui » au Bon Larron. Il reprend et amplifie les promesses d'un monde nouveau faites par Isaïe. Depuis le troisième av. J.-C., la conception juive de l'au-delà s'est enrichie d'une croyance plus affirmée en la résurrection des morts. Le lieu vague et triste où dormaient les morts, le shéol, est devenu un lieu de bonheur avec Dieu.

La phrase de Jésus entre tout à fait dans cette perspective. Les morts sont attendus par Dieu dans un paradis, un « ciel » qui a les caractéristiques du jardin. Paradis et vie éternelle deviennent des expressions équivalentes. L'auteur de l'Apocalypse place dans la Jérusalem céleste l'arbre de vie qui était dans le jardin : « Au milieu de la place de la cité et des deux bras du fleuve est un arbre de vie produisant douze récoltes.» (Ap 22, 2). Et il promet cette récompense aux fidèles : « Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d'avoir droit à l'arbre de vie, et d'entrer, par les portes, dans la cité. » (Ap 22, 14)

 

© SBEV. Anne Soupa et Joseph Stricher

 
Jérusalem: l'esplanade des mosquées
 
Vidéo
La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org