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Accomplissement
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Jubilé
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Libération
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Billon Gérard
La parole d'Isaïe est accomplie
Théologie
 
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La parole prophétique d'Isaïe est "accomplie".Les auditeurs de Jésus sont stupéfaits...
 

La parole prophétique d'Isaïe est "accomplie". L'aujourd'hui tant attendu du salut de Dieu est arrivé. Comment les auditeurs de Jésus ne seraient-ils pas stupéfaits ? Une période de l'histoire de l'Alliance se clôt et une autre s'ouvre.

De l'année du Jubilé...

Vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans le pays la libération pour tous les habitants. Ce sera pour vous un Jubilé. Chacun de vous retournera dans sa propriété (Lévitique 25,10).

... à l'année de la faveur du Seigneur...

L'Esprit du Seigneur Dieu est sur moi. Le Seigneur, en effet, m'a conféré l'onction, il m'a envoyé porter aux humiliés la bonne nouvelle, panser les cœurs brisés, proclamer aux captifs la libération, aux prisonniers l'éblouissement, proclamer l'année de la faveur du Seigneur, le jour de la vengeance de notre Dieu, réconforter tous les endeuillés, leur donner un turban au lieu de la cendre, une huile d'allégresse au lieu d'habits de deuil, la louange au lieu d'un esprit abattu (Isaïe 61,1-3).

… et à l’ultime affranchissement

La parole : "En cette année du Jubilé, vous retournerez chacun à votre propriété" cela s'explique si on le rapporte à la fin des jours concernant les captifs dont Dieu a décidé l'affranchissement […] Melkisédech proclamera pour eux la libération en leur remettant la dette de toutes leurs fautes. [...] Ce sera un jour de paix dont Dieu a parlé par Isaïe le prophète : "Qu'ils sont beaux les pieds du messager qui proclame la paix" […] le messager étant l'oint de l'Esprit dont il est écrit : "pour réconforter tous les endeuillés". (légende hébraïque de Melkisédech).

L'année du Jubilé est une belle institution. On la trouve dans le livre du Lévitique, écrit en partie pendant l'exil (à partir de 587 av. J.-C.). Tous les cinquante ans, le sol doit se reposer et les esclaves pour dettes être libérés. Le peuple d'Israël se souvient de la liberté donnée par le Seigneur (l'exode) et du premier partage de la Terre promise (vivre libre sur un territoire à soi).

Utopie et espérance

Oui, l'année du Jubilé est vraiment une belle institution, si belle que les historiens ont de la peine à croire qu'elle fut jamais appliquée. Mais elle reste dans la Bible comme un point de repère, une utopie pour garder en mémoire et l'œuvre libératrice de Dieu et la fraternité à restaurer. Ailleurs dans la Bible la même idée est reprise sous d'autres formes. Ainsi, écrit après le retour d'exil (538 au J.-C.), un poème du livre d'Isaïe chante l'année de la faveur du Seigneur. Un rêve, une espérance ! Par son Envoyé – que le prophète fait parler –, Dieu intervient en faveur des pauvres de son peuple et les venge de leurs oppresseurs. Quand cela arrivera-t-il ? Nul ne le sait, mais au Ier siècle, des groupes juifs interprétaient ce texte les yeux fixés sur la fin du monde. Par exemple, les esséniens de Qoumrân attendaient – mais pour eux-mêmes exclusivement – l'ultime affranchissement du joug de leurs ennemis ou du péché. Ce Jubilé définitif serait l'œuvre d'un messager de paix (cf. ci-contre).

Le temps de la liberté

Dans la synagogue, Jésus pourrait bien évoquer lui aussi ce temps de paix. La citation d'Isaïe n'est pas littérale, tout le monde le remarque. Mais elle est très travaillée. En fait, elle suit la traduction grecque (dite de la Septante) qui déjà remplaçait "aux prisonniers l'éblouissement" par "aux aveugles le retour à la vue". De plus, Luc laisse de côté l'expression "panser les cœurs brisés", ajoute un autre fragment prophétique : "renvoyer les opprimés en liberté" (Is 58,6) et termine sa phrase juste avant la mention du "jour de vengeance". Du texte ainsi construit (cf. p. 10-11), retenons d'abord que, dans la bouche de Jésus, les nations païennes ne sont plus exclues du salut de Dieu (le "jour de vengeance" se faisait en effet à leurs dépens). Soulignons ensuite que l'année "de la faveur" – ou d'accueil – et la mission de celui qui a reçu l'onction – le Messie – se répondent et se complètent. Ces deux événements sont dus à la même initiative divine et engagent des changements – libération, liberté ! – dont le retour à la vue est le centre... Du coup, l'année d'accueil doit être comprise dans un sens large et définitif : il s'agit du temps où Dieu libère à tout jamais les chaînes et donne la vraie lumière, bref une sorte de "Jubilé" éternel.

Le nécessaire rejet

La mission du Messie est de "proclamer" ce temps de bonheur, de le révéler, de l'interpréter aux oreilles étonnées de ses interlocuteurs. D'emblée, ce temps n'est pas réservé exclusivement à Israël. De ce point de vue, fort habilement, Jésus commente le texte d'Isaïe par... des textes tirés des Livres des Rois. Jamais il ne se prononce franchement sur l'identification entre lui-même et l'Envoyé des derniers temps mais il répond à deux questions : qui sont les pauvres ? quel sort attend l'envoyé de l'Esprit ? Réponse : les pauvres que le salut de Dieu atteint sont des étrangers (la veuve de Sarepta, le lépreux Naaman). Pourquoi eux ? Parce que le peuple d'Israël, lui, oppose un refus obstiné à ce salut (les prophètes sont mal vus). Ce qui se profile de l'Évangile est désormais clair: la Bonne Nouvelle va être proclamée dans un climat d'hostilité mais va néanmoins franchir les frontières. À la fin de l'épisode, Jésus sort du village paternel, là où théoriquement se trouve son patrimoine. Il en est exclu et bientôt la Bonne Nouvelle s'étendra jusqu'aux extrémités du monde (Ac 1,8). Comme si le rejet était nécessaire à l'accomplissement du Jubilé définitif et universel.

© SBEV. Gérard Billon. 

 
Lc 4,14-30
14Alors Jésus, avec la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, et sa renommée se répandit dans toute la région.
15Il enseignait dans leurs synagogues et tous disaient sa gloire.
16Il vint à Nazara où il avait été élevé. Il entra suivant sa coutume le jour du sabbat dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture.
17On lui donna le livre du prophète Esaïe, et en le déroulant il trouva le passage où il était écrit :
18L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a conféré l'onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté,
19proclamer une année d'accueil par le Seigneur.
20Il roula le livre, le rendit au servant et s'assit ; tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui.
21Alors il commença à leur dire : « Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez. »
22Tous lui rendaient témoignage ; ils s'étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et ils disaient : « N'est-ce pas là le fils de Joseph  ? »
23Alors il leur dit : « Sûrement vous allez me citer ce dicton : "Médecin, guéris-toi toi-même." Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm, fais-en donc autant ici dans ta patrie. »
24Et il ajouta : « Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie.
25En toute vérité, je vous le déclare, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d'Elie, quand le ciel fut fermé trois ans et six mois et que survint une grande famine sur tout le pays ;
26pourtant ce ne fut à aucune d'entre elles qu'Elie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta.
27Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; pourtant aucun d'entre eux ne fut purifié, mais bien Naamân le Syrien. »
28Tous furent remplis de colère, dans la synagogue, en entendant ces paroles.
29Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas.
30Mais lui, passant au milieu d'eux, alla son chemin.
Lc 4,14-30
 
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La Bible en questions, du site biblique francophone interbible.org